« L’organisation des soins est inadaptée aux maladies chroniques »
Partager
Tweeter
Sciences
édition abonné

« L’organisation des soins est inadaptée aux maladies chroniques »

Pour le professeur André Grimaldi, diabétologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, il y a une dimension médicale, sociale mais aussi psychologique dans la maladie chronique, qu’il faut absolument intégrer à la prise en charge de ces patients.

Le Monde | • Mis à jour le | Propos recueillis par

André Grimaldi, professeur émérite de diabétologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) et ardent défenseur de l’hôpital public, est à l’origine de l’ouvrage collectif Les Maladies chroniques. Vers la troisième médecine (Odile Jacob, 784 pages, 24,90 euros), qu’il a coordonné avec Yvanie Caillé, Frédéric Pierru et Didier Tabuteau.

Votre livre est-il une feuille de route pour le prochain ­ministre de la santé ?

L’avenir le dira. Notre principal souhait est de transmettre ce que nous avons appris et compris, et qui nous a pris parfois trente ou quarante ans. Il ne s’agit pas d’un traité de médecine, mais d’un ouvrage collectif mêlant le récit de nos propres vies aux données de la science.

Les points de vue sont multiples : ceux des patients, qui ont écrit des textes très émouvants, de professionnels de santé, philosophes, juristes, économistes… Des médecins d’exercice très différents se sont livrés avec authenticité et sincérité.

Il y a par exemple la contribution de Didier Ménard, généraliste depuis plus de trente-cinq ans à la cité du Franc-Moisin, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ; celle d’Arnaud Basdevant, médecin nutritionniste qui a consacré sa vie professionnelle à l’obésité. Ou encore celle de Joël Ménard, spécialiste de l’hypertension artérielle devenu directeur général de la santé, qui s’insurge contre la suppression, en 2011, de l’hypertension artérielle résistante de la liste des maladies chroniques prises en charge à 100 %. Il raconte aussi comment on lui a annoncé son cancer du pancréas par téléphone.

Si les politiques se saisissent de nos réflexions et propositions, tant mieux, mais ce livre de transmission est destiné avant tout aux patients, à leurs proches, et aux soignants. Nous espérons ainsi les aider à éviter la catastrophe ­humaine que nous redoutons.

Pourquoi cette épidémie de maladies chroniques, qui touchent 20 millions de personnes en France, et en quoi cela appelle-t-il une nouvelle médecine ?

Auparavant, il y avait surtout des maladies aiguës, soit bénignes soit graves, engageant le pronostic ­vital. Dans un certain nombre de disciplines, les progrès de la médecine sont devenus suffisants pour permettre de rester longtemps en vie, tout en restant insuffisants pour guérir. Cette évolution bouleverse tout : l’existence des patients atteints de ces maladies chroniques, l’exercice des soignants, l’organisation du système de soins…

Quand...