« Et si on avait invité les coursiers à vélo » à Göteborg ?
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« Et si on avait invité les coursiers à vélo » à Göteborg ?

Sandrino Graceffa, dirigeant de la coopérative SMart, explique dans une tribune au « Monde » que le « socle social européen » ne prend pas en compte les récentes mutations du travail. Si le salariat donne accès au meilleur système de protection sociale, cela n’empêche pas de chercher à réinventer de nouvelles formules.

Le Monde | | Par

« Les droits des travailleurs, sur les marchés du travail, dans les systèmes de protection sociale et dans leurs relations à l’emploi sont aujourd’hui attaqués et progressivement défaits » (Photo: Göteborg, le 16 novembre).

Tribune. Le 17 novembre, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne (UE) se sont réunis à Göteborg (Suède) dans le cadre d’un Sommet social pour des emplois et une croissance équitables. Au menu : « des marchés du travail européens justes et fonctionnels, des systèmes de protection sociale durables et efficaces, la promotion d’un dialogue social à tous les niveaux ». Je proposerais volontiers à M. Juncker, le président de la Commission européenne, d’inviter les coursiers à vélo des différentes plates-formes actives sur le marché en Europe afin de tester avec eux l’adéquation des objectifs à la réalité de terrain.

Le « socle européen des droits sociaux » annoncé en avril a le mérite de souligner l’intérêt de l’UE pour ce sujet au cœur du modèle économique et social de la plupart de ses membres, et donc au cœur de leur démocratie. Prenons donc cette annonce et ce sommet au sérieux.

Les droits des travailleurs, sur les marchés du travail, dans les systèmes de protection sociale, dans les formes actuelles du dialogue social et dans leurs relations à l’emploi, ne sont pas seulement menacés : ils sont aujourd’hui attaqués et progressivement défaits. Les raisons en sont parfaitement identifiées : l’inadéquation des dispositifs réglementaires d’accès à ces droits, une offre de travail de plus en plus fragmentée et déstructurée, la généralisation légalisée de formes de rémunérations qui échappent aux cotisations sociales, la mise en concurrence effrénée de tous les travailleurs peu ou non qualifiés sur un marché « à la criée », les transformations profondes des modes de production dans tous les secteurs économiques, qui induisent d’ores et déjà l’effritement de la subordination – et donc du salariat.

L’effectivité des droits, pour toutes et tous

Ce dernier point mérite une attention particulière : les entreprises ne vont tout simplement plus avoir besoin de cette subordination, ni dès lors du salariat. Non pas en...