La banalisation du Front national racontée par des chercheurs en immersion
Partager
Tweeter
Idées
édition abonné

La banalisation du Front national racontée par des chercheurs en immersion

Rares sont les universitaires à s’être infiltrés au sein même du parti d’extrême droite. Une expérience riche d’enseignements, mais difficile à mener et à vivre.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

« Aujourd’hui le FN est devenu le parti le plus étudié de France, détrônant le Parti communiste français (PCF), qui avait fasciné des générations de chercheurs » (Meeting de Marine Le Pen au Zénith de Paris, le 17 avril).

Faire la bise à Marie-France Stirbois sans trembler, entendre des propos négationnistes à table, faire circuler la corbeille pour récolter des fonds lors d’une conférence de Jean-Marie Marine la blondinette, participer à un concours de tir à la carabine à air comprimé – et s’entendre dire par un proche, le soir en rentrant : « Comme ça, tu pourras faire des ratonnades. »

Voilà à quoi s’exposent les chercheurs qui plongent en immersion au sein du Front national (FN). En sciences sociales, on appelle cela enquêter en milieu difficile. « Expérience d’une jeune chercheuse en “milieu extrême” », proposait Magali Boumaza dans un article de 2001 où elle revenait sur son travail de terrain parmi les jeunes militants du FN de Strasbourg.

Aujourd’hui le FN est devenu le parti le plus étudié de France, détrônant le Parti communiste français (PCF), qui avait fasciné des générations de chercheurs. Géographie et sociologie électorales, histoire, histoire des idées, aucune approche n’est écartée pour comprendre le parti créé en 1972 par Jean-Marie le Pen.

L’ouvrage fondateur pour les sciences sociales, Le Front National à découvert, dirigé par Nonna Mayer et Pascal Perrineau, paraît en 1989 (Presses de Sciences Po). L’historien René Rémond, qui en signe la préface, souligne « l’effet de surprise » de l’apparition du FN. Nous sommes alors six ans après les élections municipales de Dreux (Eure-et-Loir), où le ­candidat de la formation d’extrême droite, Jean-Pierre Stirbois, avait obtenu plus de 16 % des voix avant de faire alliance avec le maire RPR de la ville.

Se confronter intimement à la réalité

Depuis cet événement à l’impact national, les études se multiplient, indexées aux succès électoraux du parti, et participent d’une impressionnante vague européenne : « Le politologue néerlandais Cas Mudde a montré que, ­depuis les années 1990, il y avait eu plus de publications universitaires sur les populist radical ­right...