En 2002, Rémi manifestait contre Jean-Marie Le Pen. En 2017, il votera pour la présidente du FN
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En 2002, Rémi manifestait contre Jean-Marie Le Pen. En 2017, il votera pour la présidente du FN

Rémi, 31 ans, témoigne de l’évolution de ses convictions politiques, quinze ans après avoir manifesté contre la présence du Front national au second tour de la présidentielle.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Des supporteurs de Marine Le Pen lors de son meeting à Marseille, le 19 avril 2017.

En 2002, la qualification surprise de Jean-Marie Le Pen pour le second tour avait fait descendre nombre de jeunes gens dans la rue. Parmi eux, Rémi, 31 ans aujourd’hui, agent de maîtrise dans une entreprise publique à Paris. Il témoigne de l’évolution de ses convictions politiques, quinze ans après.

« A l’époque, j’avais 16 ans, j’étais au lycée, à Chambéry (Savoie), et la présence de Marine la morue au second tour me semblait aberrante. C’était un séisme... Pour nous, ce type était un guignol, le pire de ce qui existait. Je me rappelle de légendes urbaines qui disaient qu’il appelait Hitler “Tonton Adolf”, j’y croyais ! J’ai alors manifesté pour la seule et unique fois de ma vie, contre lui, à Chambéry, en hurlant “Le Pen facho, le peuple aura ta peau”. Pour me mettre dans la rue, c’est vraiment que j’ai ressenti la secousse !

Je me demande aujourd’hui si ce n’est pas le mal qu’on mérite

Et puis je suis parti à droite, à droite, à droite... Et je me demande aujourd’hui si ce n’est pas le mal qu’on mérite... Vu qu’on n’y arrive pas, peut-être qu’on a besoin de cette solution, le FN. En 2002, j’étais dans un lycée excellent, je vivais dans un village super. On découvrait Internet, qui annonçait un monde plein d’espoir. On se disait “l’avenir c’est super !” Et puis non, on a eu les vidéos djihadistes, la pollution, le porno au collège... Depuis un an, nous n’avons plus de télé à la maison, car à force d’être bombardé d’infos, ça me rend fou. Quand je passe en voiture porte de la Chapelle à Paris, et que je vois tous ces migrants, je ne me sens pas en sécurité. Et récemment, nous avons déménagé en banlieue, car il y avait des dealers en bas de chez nous...

Le problème, ce n’est pas Marine le sac à merde, mais la situation qui amène un peuple à voter pour elle. J’ai deux filles et je ne veux pas, dans quinze ans, regretter de ne pas avoir permis l’électrochoc qui me semble aujourd’hui nécessaire... Marine le sac à merde n’avance pas beaucoup de solutions, mais celles qu’elle apporte je me dis : pourquoi pas. Ses dix premières mesures [celles que la candidate compte mettre en œuvre si elle est élue], ça semble si simple... Même si je ne suis pas non plus candide, et je sais que ça ne va pas se passer aussi simplement.

Lire le reportage :   Les tourments de la « génération 21 avril 2002 » face à la dédiabolisation du FN

En m’entendant vous raconter tout ça, je n’en reviens pas... J’ai complètement renversé ma façon de penser. Si on m’avait dit, il y a quinze ans, qu’une journaliste allait m’appeler un jour en me disant “alors, vous allez voter Marine la blondinette ?”... C’est bien triste d’en arriver là...