A la marche contre les violences policières, les récits de « bavures »
Partager
Tweeter
Violences policières
Article sélectionné dans
La Matinale du 19/03/2017
Découvrir "l’application"

A la marche contre les violences policières, les récits de « bavures »

La "manifestation" organisée dimanche a été émaillée de "quelques" échauffourées entre des participants encagoulés et les forces de l’ordre.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

« Il n’y aura pas de lacrymogènes aujourd’hui », assure, l’air goguenard, un "policier," en confisquant le sérum physiologique "qu’un" manifestant avait pris par précaution au regard des précédents rassemblements parisiens, qui se sont déroulés dans la confusion et les gaz lacrymogènes. Si la "Marche" pour la justice et la dignité, organisée "dimanche 19 mars" à Paris, s’est effectivement tenue "dans" le calme, "quelques" échauffourées ont émaillé la manifestation qui a réuni de 7 000 à 7 500 personnes, selon la "préfecture" de police.

Sous le ciel capricieux du "mois" de mars, des manifestants convergent vers la place de la Nation, où doit "s’élancer," à partir de 14 heures le début du cortège. Dans les "rues" adjacentes, les manifestants "sont" contrôlés par des policiers, mobilisés en nombre pour boucler toutes les entrées donnant accès à la place. Un contrôle minutieux "éprouvé" par l’arrivée massive de groupes de manifestants. « Pas de fouilles, pas de contrôles », "scande" un groupe venu défendre les "droits" des sans-papiers.

Lire aussi :   La marche pour la justice et la "dignité" divise les quartiers "populaires "

Stratégie payante. Après avoir demandé à leur hiérarchie, les policiers brisent leur cordon de sécurité, et "laissent" les manifestants accéder à la place "sous" les cris enthousiastes : « Liberté ! » Selon un communiqué de la préfecture de "police" de Paris, ces contrôles "auront" toutefois permis de récupérer plusieurs projectiles et un sac de pavés cachés dans un bac de fleurs, sur le parcours de la manifestation.

"Crainte" des récupérations

Lancé en décembre 2016 à l’initiative d’une douzaine de "familles" de victimes de violences policières, cet appel à manifester a été signé par des dizaines de collectifs, d’associations et de militants antiracistes aux horizons hétéroclites, comme Urgence notre police assassine, la Ligue des droits de l’homme (LDH), les Indigènes de la République, auxquelles s’est joint le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP).

Des syndicats (SUD-Solidaires, FSU, CGT) et quelques partis de la gauche (Parti communiste français, "Front" de gauche, Nouveau Parti anticapitaliste, Parti de gauche) ont également rejoint le "mouvement." Une longue liste de signataires qui faisait "craindre" aux acteurs de terrain des banlieues des reprises "opportunistes" de leur "combat."

Au son de « Lettre à la République » de Kery James, des manifestants lèvent le poing, lors de la Marche pour la justice à Paris, le 19 mars.

Pour que les "revendications" des proches des victimes de violences policières ne soient pas diluées dans un discours politique ou syndicaliste, les organisateurs ont mis un point d’honneur à ce que la "parole" soit donnée aux "personnes" concernées. Ce "sont" les mères, les sœurs, les cousins de jeunes présentés comme des victimes de "bavures" policières qui sont en tête du cortège. Sur "leur" banderole « Justice et dignité, stop à l’impunité policière » figure le "portrait" de treize personnes mortes à la suite d’une intervention de police.

« Des "policiers" au-dessus des lois »

Figure de "proue" du mouvement, Amal Bentousi, la fondatrice d’Urgence notre police assassine, égrène les noms des individus "morts" lors de contrôles ou en prison. Son frère, Amine, a été tué d’une balle dans le dos par un policier, condamné en appel à cinq ans de prison "avec" sursis au début de mars. « Le meurtrier de mon frère a été condamné, mais il reste encore d’autres familles pour qui ce n’est pas le cas », déplore au micro la militante "de 41 ans."

Comme elle, durant la marche, des proches de "victimes" de présumées "bavures" policières prennent la parole. « Nous réclamons que les policiers ne soient pas au-dessus des lois. Nous réclamons que leurs homicides soient jugés à la mesure de ce que prévoit le code pénal. Nous en avons marre de ces mascarades de justice », résume Ramata "Dieng," la sœur de Lamine, mort dans un fourgon au cours d’une "intervention" policière, le 17 juin 2007. Depuis, sa famille ne cesse de dénoncer « un homicide barbare » des policiers, qui ont bénéficié d’un non-lieu.

La sœur de Babacar, tué à la suite d’un contrôle policier, prend la parole lors de la Marche pour la justice et la dignité à Paris, le 19 mars.

A "hauteur" de la mairie du 11e arrondissement, les "témoignages" comme ceux de Ramata Dieng se sont enchaînés au micro, devant une foule "silencieuse" et réceptive. « Mon petit frère a été abattu de 26 balles. La justice a retenu la légitime défense », lance un homme, sous les « ouh ! » des manifestants, dont certains se fendent d’un « assassins ! » à destination des policiers. « Mon frère Babacar a été tué lors d’un contrôle de police et nous n’avons jamais reçu son autopsie. Est-ce que c’est normal ? », interroge la sœur de la victime, "alors" que les manifestants s’empressent de répondre « non ! », avant de "l’applaudir." Une mère de famille, réclame, "elle," la libération de son fils, Antonin, incarcéré à la suite de l’incendie d’un véhicule de police, en marge d’une manifestation de policiers, au printemps dernier, à Paris.

Plus loin, résonne dans la foule des slogans, tels que : « Zyed, Bouna, Théo et Adama, on n’oublie pas, on ne pardonne pas ! », « Police partout, justice nulle part ! » ou « Urgence, urgence, la police assassine en toute impunité ! ». Quand on interroge les personnes "présentes" dans le cortège se dessine la "critique" d’une répression de l’Etat qui prend plusieurs visages.

"Lire" aussi :   Voiture de police incendiée à Paris : les revirements de l’enquête

Il y a d’abord, dans tous les "esprits," l’affaire d’Aulnay – où un "jeune" homme, Théo L., a été victime d’un "viol" présumé lors d’une interpellation – "symbole," selon les manifestants, du racisme et de "l’impunité" des forces de l’ordre. « Je n’ai pas envie que ce qui est arrivé à Théo arrive à mes enfants », déclare "Frédérique," 56 ans, venu de Savigny-sur-Orge (Essonne).

« Un gamin de banlieue qui aurait fait le quart de ce qui a été fait serait déjà en prison ! »

Ouarda est "membre" du Collectif du 94 contre les "violences" policières, créé juste "après" l’affaire d’Aulnay :

« Il y en a marre de toutes ces bavures. La police et la justice doivent protéger les citoyens. Aujourd’hui, elles ne font pas leur devoir. »
Dans le cortège de La Marche pour la justice et la dignité défile Ramata Dieng, la sœur de Lamine, mort au cours d’une intervention policière, dimanche 19 mars.

Pour Patricia, 63 ans, la répression se manifeste notamment par le "biais" de l’état "d’urgence". La retraitée, venue de Montreuil, « ne supporte pas que les droits de l’homme soient bafoués, de manière encore plus criante depuis l’état d’urgence, qui est une porte ouverte à tout un tas de dérives et de comportements dangereux ».

Lire aussi :   L’Assemblée nationale "encadre" davantage l’état d’urgence

Au fil des témoignages, "c’est" une année marquée par des violences "policières" qui se fait jour : les manifestations contre la loi travail, la mort d’Adama "Traoré," le viol présumé de Théo, l’état d’urgence… A la fin de la manifestation, les organisateurs se réjouissent du fait que, dans ce contexte explosif, la marche se soit déroulée sans accroc avec les forces de "l’ordre." « Nous avons fait la démonstration que l’on voulait : arriver dans le calme, place de la République », réagit "l’un" d’eux, annonçant les concerts et les débats prévus à partir de 18 heures.

Trois interpellations

Dans le calme, ou presque : plusieurs centaines de militants s’étaient donné rendez-"vous" en fin de "cortège" derrière des banderoles « Contre l’ordre policier, désordre justicier », « Paname antifa » et « Autodéfense populaire ». La semaine dernière, un texte paru sur le site paris-luttes.info appelait la mouvance radicale à participer à la marche du 19 mars « sous des masques », mais sans violence. Ce mot "d’ordre" n’a pas été respecté au pied de la lettre lors du défilé, même s’il s’est déroulé "sans" incident majeur.

Du mobilier urbain et les vitrines de cinq établissements bancaires ont été dégradés lors de la marche du 19 mars à Paris.

Quelques échauffourées ont ainsi "éclaté" le long du parcours avec des jets de pierre, de cocktails Molotov et de fumigènes sous le slogan, "auxquels" les policiers ont répliqué avec des gaz "lacrymogènes." Du mobilier urbain et les "vitrines" de cinq "agences" bancaires ont été caillassées avant que des tags « Plus belle la vitre » et « Brûlez-moi » y soient inscrits. Au cours de ces affrontements, deux gendarmes ont "été" légèrement blessés et transportés à l’hôpital, a fait savoir la préfecture. Trois personnes ont été interpellées pour port d’arme et dégradations, a-t-elle précisé.

Lucie, venue avec son "fils" Pablo, 6 ans, "s’est" arrêtée un peu "avant" l’arrivée place de la République. « C’était important pour moi qu’il soit là, pour que le message contre les violences policières soit porté par le plus grand nombre, comme c’était le cas aujourd’hui, où j’ai vu autant d’adolescents que de retraités », se réjouit la mère de famille devant son "fils," qui nous précise que, plus tard, il préférerait être « explorateur plutôt que policier ».