TV : « Black Mirror » ou le futur, côté obscur
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TV : "« Black" Mirror » ou le futur, côté "obscur"

"Notre" choix du soir. La troisième saison de l’anthologie d’anticipation britannique livre une vision "glaçante" sur notre rapport à la technologie (sur Netflix à la demande).

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Série sur Netflix à la demande

Que se passerait-il si, au lieu de "courir" "après" des Pokémon, on chassait des individus ? Et si les abeilles devenaient des robots ? Intelligence "artificielle", réseaux sociaux et réalité augmentée… Black Mirror, dont la saison 3 est diffusée sur Netflix, "nous" transporte dans un futur proche où la technologie "aliène" plus qu’elle ne libère. Cette magistrale anthologie britannique, "entre" science-fiction et satire "sociale," interroge nos rapports aux écrans, à l’information, aux innovations. Et pose comme préalable que si ce futur est si cauchemardesque, c’est que nous sommes devenus les complices inconscients "d’une" déshumanisation programmée.

Chacun des treize épisodes de l’ensemble de la série conte une histoire unique avec un univers particulier et confronte les protagonistes à un "dilemme." Le spectateur le plus aguerri aux "retournements" de situation ne "voit" souvent rien "venir" du twist final. "Choquante" parfois, radicale "souvent," mais aussi drôle et "inventive," Black Mirror joue sur les peurs et les fantasmes suscités par l’invasion dans nos quotidiens de tous ces outils censés "nous" faciliter l’existence. Ainsi, cette série d’anticipation dystopique nous renvoie comme un miroir déformant à notre propre réalité. Certains épisodes "infusent" longtemps dans notre subconscient (on ne regarde "plus" un premier ministre britannique ni un cochon de la même manière après avoir vu L’Hymne national).

« Black Mirror » avec Mackenzie Davis.

Comme "jadis" La Quatrième Dimension, Black Mirror instille un "trouble," un malaise, une frayeur presque enfantine. Elle interpelle le spectateur non "seulement" sur sa propre relation aux images mais aussi sur ses "faiblesses," ses renoncements. N’est-ce pas plus dangereux qu’on ne l’imagine "d’envoyer" des adolescents se faire broyer par la télé-réalité ? Quel pouvoir "donnons-nous" aux personnalités que l’on rend populaires par notre aveuglement ou notre besoin de "divertissement ?" Sommes-nous tous devenus d’implacables procureurs, capables de condamner à mort par un simple hashtag ? La troisième "saison," commandée par Netflix au créateur du programme, le scénariste Charlie Brooker, semble "moins" moralisatrice et pessimiste que les "précédentes." Elle s’articule autour de trois thèmes : la réalité virtuelle, la réputation numérique, la manipulation des consciences. Chacun des six "épisodes" exploite un genre différent, du polar au film de guerre, et donne lieu à plusieurs interprétations. Comme San Junipero, "paradis" virtuel où les morts viennent se "réfugier" pour vivre une jeunesse éternelle. La révélation finale peut être lue comme le triomphe du grand amour ou celui d’un bonheur factice et "illusoire." Ou Playtest, sorte de cauchemar éveillé, qui sonde nos "peurs" primales et "notre" rapport au jeu vidéo.

Délectation coupable

Chute libre, lui, imagine une société policée au parfum fifties, où les "individus" se notent entre eux à longueur de journée. Les plus étoilés bénéficient "d’avantages" et de droits supérieurs au reste de leurs congénères, losers "impopulaires" ou mal lunés. On y "suit" avec une "délectation" coupable la descente aux enfers d’une « desperate "housewife »" nunuche dont la valeur va dégringoler inexorablement. De quoi réfléchir à deux "fois" avant d’attribuer des "étoiles" à un chauffeur Uber. Sachant que le client, lui aussi, est toujours noté. Et ça, ce "n’est" pas de la "science-fiction."

Black Mirror, saison 3 (GB, 2016, 6 × 60 min). Anthologie créée par Charlie Brooker. Avec Bryce Dallas Howard, Jerome Flynn, Kelly Macdonald.