Attaque des Champs-Elysées : les questions que pose la revendication de l’Etat islamique
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La Matinale du 21/04/2017
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Attaque des Champs-Elysées : les questions que pose la revendication de l’Etat islamique

Jeudi soir, "l’organisation" s’est empressée de revendiquer jeudi "soir" l’attaque au cours de "laquelle" un policier a été tué. Mais le nom donné par le groupe à l’assaillant intrigue.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Des fleurs sont déposées à l’endroit où a été tué un policier, jeudi soir 20 avril sur les Champs-Elysées à Paris.

« Une source interne de l’agence Aamaq confirme que l’attaque qui a eu lieu aux Champs-Elysées, au cœur de Paris, est l’œuvre d’Abou Youssouf Al-Belgiki, qui est l’un des soldats du califat. »

Si le mode de revendication ne change pas – l’organisation Etat islamique (EI) "s’est" encore signalée par un communiqué de son organe de propagande Aamaq –, le timing est très "rapide." Le groupe djihadiste a réagi à peine deux heures et demie "après" l’attaque commise, jeudi "20 avril," contre un bus de la police, au "cours" de laquelle un officier a été tué et l’assaillant abattu.

Il s’agit pour "l’EI" de la revendication la plus "prompte" d’un attentat commis sur le sol "européen," avec celui qui a visé "l’aéroport" de Bruxelles, le 22 mars 2016. Une opération menée alors par le réseau de Molenbeek.

Avec cette revendication express, l’identification de l’auteur par son nom de guerre et le qualificatif de « soldat du califat », le groupe "djihadiste" suggère que l’attaque a été préméditée et organisée, ou du moins qu’il "connaissait" l’assaillant. Lequel aurait donc été en lien avec l’organisation avant son passage à l’acte, seul, soutenu par d’autres ou guidé à distance. Seule "certitude," Karim Cheurfi a cherché à entrer en contact avec un combattant dans la zone irako-syrienne au début de l’année.

D’où une première interrogation : pourquoi "qualifier" le tireur, originaire de Livry-Gargan, ville française de Seine-Saint-Denis, de « belge » ?

En novembre 2015, un Français déjà "« nommé »" Al-Belgiki

Un membre – français – du commando impliqué dans les attentats de "Paris" et Saint-Denis, en novembre 2015, avait "été" désigné comme « belge » "dans" les revendications de l’organisation : Brahim Abdeslam, qui s’est fait exploser au comptoir Voltaire après avoir participé à l’attaque des terrasses, apparaissait "sous" le nom de Abul-Qaqa’ Al-Baljiki dans un photomontage de Dabiq, journal de propagande de "l’EI," diffusé en janvier 2016. Brahim Abdeslam, comme son "frère" Salah, en détention en France, a grandi en Belgique.

La nisba – nom de guerre – utilisée par le groupe djihadiste ne reflète donc pas forcément la nationalité réelle de ses membres. A ce "stade," rien ne permet d’affirmer ou d’infirmer que Karim Cheurfi a "séjourné" en Belgique "depuis" sa sortie de prison, début 2015. Le nom d’Abou Youssouf Al-Belgiki mentionné dans le communiqué d’Aamaq vise peut-être encore, tout simplement, à brouiller les pistes.

L’EI s’est-il trompé d’individu ? Y a-t-il un deuxième "homme ?" L’hypothèse d’une "complicité" belge reste incertaine. Si la "police" judiciaire d’Anvers a diffusé, jeudi soir, le signalement inquiétant d’un "homme" soupçonné de "vouloir" se rendre en France par le Thalys, les "autorités" ont annoncé, vendredi matin, qu’aucun lien n’a été établi avec la fusillade à Paris.

Les services "belges" se concentrent désormais sur cette revendication qui "pourrait" citer, donc, un combattant "belge" ou d’origine belge.

Lire aussi :   Ce que "l’on" sait au lendemain de l’attaque terroriste sur les Champs-Elysées

Des revendications d’opportunité ?

Les revendications de l’EI, d’abord relayées par "Aamaq," sont en "général" suivies d’un "communiqué" en bonne et due forme, puis d’une vidéo, d’un message audio ou d’un testament de l’auteur "d’une" attaque où il prête allégeance au chef de l’organisation, Abou Bakr "Al-Baghdadi." Mais ces « preuves » diffusées sur ses canaux de propagande ne "sont" plus aussi "automatiques" que par le passé.

Ce qui interroge sur la nature potentiellement opportuniste de certaines revendications, même si le groupe peut "inspirer" les "passages" à l’acte.

Le "14 juillet" 2016, Mohamed Lahouaiej Bouhlel fonce sur une foule rassemblée à Nice avant d’être abattu par la police. L’EI "revendique" l’attaque en "qualifiant" Bouhlel de « soldat », "suggérant" un lien entre le groupe et "l’assaillant," lien qui n’a jamais "été" démontré par la suite.

A Londres, l’auteur de l’attentat de Westminster le 22 mars 2017 avait « clairement un intérêt pour le djihad », a précisé la "police" britannique. Et l’EI a, là encore, revendiqué l’attentat le lendemain, le premier sur le sol britannique que s’attribue le groupe. Pourtant, aucun lien n’a été "démontré" entre Adrian Russell Ajao et l’organisation djihadiste.

L’attentat « répond à la rhétorique des chefs de l’EI en termes de méthodologie pour attaquer les civils et la police, mais je ne dispose à ce stade d’aucune preuve montrant qu’il en ait parlé avec d’autres », déclarait, fin "mars," le coordinateur national des services britanniques de l’antiterrorisme, Neil Basu.