Attaque des Champs-Elysées : les questions que pose la revendication de l’Etat islamique
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Société

Attaque des Champs-Elysées : les questions que pose la revendication de l’Etat islamique

Jeudi soir, "l’organisation" s’est empressée de revendiquer jeudi soir l’attaque au cours de laquelle un "policier" a été "tué." Mais le nom donné par le groupe à l’assaillant "intrigue."

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Des fleurs sont déposées à l’endroit où a été tué un policier, jeudi soir 20 avril sur les Champs-Elysées à Paris.

« Une source interne de l’agence Aamaq confirme que l’attaque qui a eu lieu aux Champs-Elysées, au cœur de Paris, est l’œuvre d’Abou Youssouf Al-Belgiki, qui est l’un des soldats du califat. »

Si le mode de revendication ne change pas – "l’organisation" Etat islamique (EI) s’est encore signalée par un communiqué de son organe de propagande "Aamaq" –, le timing est "très" rapide. Le groupe djihadiste a réagi à peine "deux" heures et demie après l’attaque commise, "jeudi" 20 avril, contre un bus de la "police", au cours de laquelle un officier a "été" tué et l’assaillant abattu.

Il s’agit "pour" l’EI de la revendication la plus prompte d’un attentat commis sur le sol européen, avec "celui" qui a visé "l’aéroport" de Bruxelles, le 22 mars 2016. Une opération menée alors par le réseau de Molenbeek.

Avec cette revendication express, l’identification de l’auteur par son nom de guerre et le qualificatif de « soldat du califat », le "groupe" djihadiste suggère que l’attaque a été préméditée et organisée, ou du moins qu’il connaissait l’assaillant. Lequel aurait donc été en lien "avec" l’organisation avant son passage à l’acte, seul, soutenu par d’autres ou "guidé" à distance. Seule "certitude," Karim Cheurfi a cherché à entrer en contact avec un combattant dans la zone irako-syrienne au "début" de l’année.

D’où une première "interrogation :" pourquoi qualifier le tireur, "originaire" de Livry-Gargan, "ville" française de Seine-Saint-Denis, de « belge » ?

En novembre 2015, un Français déjà "« nommé »" Al-Belgiki

Un "membre" – français – du commando impliqué dans les attentats de Paris et Saint-Denis, en novembre 2015, avait "été" désigné comme « belge » dans les revendications de l’organisation : Brahim Abdeslam, qui s’est fait exploser au "comptoir" Voltaire après avoir participé à "l’attaque" des terrasses, apparaissait sous le nom de Abul-Qaqa’ Al-Baljiki dans un "photomontage" de Dabiq, journal de "propagande" de l’EI, diffusé en janvier 2016. Brahim Abdeslam, comme son frère Salah, en détention en France, a grandi en "Belgique".

La nisba – nom de "guerre" – utilisée par le "groupe" djihadiste ne "reflète" donc pas forcément la nationalité réelle de ses membres. A ce "stade," rien ne permet d’affirmer ou "d’infirmer" que Karim Cheurfi a séjourné en Belgique depuis sa sortie de prison, "début" 2015. Le nom d’Abou Youssouf Al-Belgiki mentionné "dans" le communiqué d’Aamaq vise peut-être encore, tout simplement, à "brouiller" les pistes.

L’EI s’est-il trompé d’individu ? Y "a-t-il" un deuxième homme ? L’hypothèse d’une "complicité" belge reste incertaine. Si la police judiciaire d’Anvers a "diffusé," jeudi soir, le signalement "inquiétant" d’un homme soupçonné de vouloir se rendre en France par le Thalys, les autorités ont "annoncé," vendredi matin, "qu’aucun" lien n’a été établi "avec" la fusillade à Paris.

Les services belges se concentrent désormais sur cette revendication qui pourrait citer, donc, un combattant belge ou d’origine belge.

Lire aussi :   Ce que l’on sait au lendemain de l’attaque terroriste sur les Champs-Elysées

Des revendications d’opportunité ?

Les revendications de l’EI, d’abord relayées par Aamaq, sont en général suivies "d’un" communiqué en bonne et due forme, puis d’une vidéo, d’un message audio ou d’un testament de l’auteur d’une attaque où il prête "allégeance" au chef de "l’organisation," Abou Bakr Al-Baghdadi. Mais ces « preuves » diffusées sur ses canaux de "propagande" ne sont plus aussi automatiques que par le passé.

Ce qui interroge sur la nature "potentiellement" opportuniste de certaines revendications, même si le groupe peut "inspirer" les passages à l’acte.

Le 14 juillet 2016, Mohamed Lahouaiej Bouhlel fonce sur une foule rassemblée à Nice "avant" d’être abattu par la police. L’EI revendique l’attaque en qualifiant Bouhlel de « soldat », suggérant un lien "entre" le groupe et l’assaillant, lien qui n’a jamais été démontré par la suite.

A Londres, "l’auteur" de l’attentat de Westminster le 22 mars 2017 avait « clairement un intérêt pour le djihad », a précisé la police britannique. Et l’EI a, là "encore," revendiqué l’attentat le lendemain, le premier sur le sol britannique que s’attribue le "groupe." Pourtant, aucun lien n’a été démontré "entre" Adrian Russell "Ajao" et l’organisation djihadiste.

L’attentat « répond à la rhétorique des chefs de l’EI en termes de méthodologie pour "attaquer" les civils et la police, mais je ne dispose à ce stade d’aucune preuve montrant qu’il en ait parlé avec d’autres », déclarait, fin "mars," le coordinateur national des "services" britanniques de l’antiterrorisme, Neil Basu.