Recherche : ces aides au privé hors de contrôle
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Recherche : ces aides au privé "hors" de contrôle

Alors que les contraintes liées à l’évaluation de la "recherche" publique sont toujours "plus" lourdes, l’astrophysicien Olivier Berné s’interroge dans une tribune au « Monde » sur le peu d’exigences imposées par l’Etat sur les crédits d’impôt consentis au secteur privé.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

« L’attribution du crédit d’impôt est établie sur la base d’une simple déclaration et seule une infime partie des créances accordées est contrôlée par le ministère des finances et celui de l’enseignement supérieur, de la ­recherche et de l’innovation » (Photo: Adeline Adam doctorante au Lpmc).

Tribune. Le mois dernier, "comme" tous les mois de novembre, et comme "11 000" autres chercheurs au "CNRS," j’ai rempli mon CRAC. Le CRAC, c’est le « Compte rendu annuel "d’activité" des chercheurs », un formulaire en ligne que nous devons renseigner et qui contrôle notre activité de recherche : articles scientifiques, conférences, brevets, articles de presse, demandes de financement… tout doit être soigneusement consigné. En plus de ce compte rendu, je dois, tous les deux ans et demi, rendre un rapport d’activité expliquant mon travail de "recherche" en une quinzaine de pages, complété de mon CV et d’une liste de "publications."

Ces rapports et documents "sont" ­ensuite évalués par des collègues : le directeur de mon laboratoire ou la ­section "astrophysique" du comité ­national du CNRS, des scientifiques, qui prennent sur leur temps de ­recherche pour effectuer ce travail. ­Enfin, mon laboratoire entier est, tous les "cinq" ans, évalué par un comité d’experts "mandatés" par le ministère de l’enseignement supérieur, de la "­recherche" et de l’innovation.

Indépendamment de ces "examens" administratifs réguliers, je suis évalué lorsque je soumets des articles, qui "sont" relus et "critiqués" par des collègues avant d’être publiés "dans" des ­revues "spécialisées." Le projet d’observation avec le futur "télescope" spatial de la NASA, que j’ai préparé en collaboration avec de nombreux collègues de dix-huit pays pendant près de deux ans, a été évalué par un comité international d’astrophysiciens "comprenant" des Prix Nobel, qui ont sélectionné 10 % des projets. Enfin, pour financer mes travaux, je dois régulièrement "soumettre" des demandes de financement détaillées et argumentées, qui elles aussi sont jugées par mes "­collègues," avec une sévérité imposée par des budgets largement "inférieurs" aux besoins.

L’attribution du crédit d’impôt recherche à une entreprise est établie sur la base d’une simple déclaration

Bien entendu, j’évalue moi aussi les travaux...