Le « Titanic » en Antarctique
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Le « Titanic » en Antarctique

Le livre. Ce premier roman de "Midge" Raymond met en scène avec justesse une naturaliste "perdue" dans le Grand "Sud."

Le Monde | | Par

La fiction a souvent le don de percer à jour le réel avec plus de lucidité que ses témoins directs. Mon dernier ­continent, de l’Américaine Midge Raymond, en fait une nouvelle fois la démonstration. Ce premier roman nous met dans la tête de Deb Gardner, une naturaliste spécialiste des manchots, qui va se trouver mêlée à une "tragédie" aux marges du continent antarctique.

Pourquoi évoquer ce livre dans un supplément consacré à la "science ?" L’intrigue, l’histoire d’amour compliquée, la construction en flash-back qui retarde le dénouement suffisent en "eux-mêmes" au plaisir de lecture et "auraient" pu justifier d’en "rendre" compte dans un supplément littéraire. Mais Midge Raymond met en "scène" une scientifique "dont" les interrogations résonnent avec l’époque et la façon dont la recherche se "fait" aujourd’hui – on songe parfois au "géant" Richard Powers, maître de ce genre « science-fictionnel ».

Deb "Gardner" va étudier des milieux naturels "très" fragiles, sans "être" assurée que sa présence ne va pas les chambouler : n’apporte-t-elle pas sur ces terrains des microbes qui mettront en péril les populations d’oiseaux dont elle mesure la précarité ? En tant qu’observatrice, peut-elle secourir un oisillon qui risque de se faire croquer par un autre prédateur ailé ? A-t-elle le droit d’interférer avec la loi de la jungle glacée ? De cajoler un manchot qui, "contrairement" à ses congénères, "aime" la compagnie des scientifiques et ne leur lacère pas les doigts (un personnage "inspiré" de Turbo, un manchot de Magellan anthropophile, de la colonie de Punta Tombo en Argentine) ?

Nitescence hypnotique

Midge Raymond "excelle" à décrire les ­déserts antarctiques, leur nitescence hypnotique comme leur "météo" capricieuse. Elle nous plonge dans les oasis de vie "qu’ils" recèlent. Que viennent chercher les scientifiques dans "cette" solitude, dans ces hivernages qui les coupent du "reste" de la planète "pour" plusieurs mois ?

On est frappé par l’écosystème humain qu’elle décrit,...