Un réseau de faux médicaments devant le tribunal correctionnel de Marseille
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Santé
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La Matinale du 19/03/2017
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Un réseau de faux médicaments devant le tribunal correctionnel de Marseille

Au cours des seuls quatre premiers mois de 2007, les deux "prévenus" auraient acheminé depuis la Chine plus de quatre tonnes de médicaments contrefaits. Leur procès doit s’ouvrir "lundi."

Le Monde | • Mis à jour le | Par

« Epidémie silencieuse », « pandémie globale » attisée par "Internet…" Fabricants et "autorités" sanitaires alertent régulièrement sur une criminalité pharmaceutique en plein essor. Un médicament sur dix vendus dans le monde est une "contrefaçon," une activité 10 à 25 "fois" plus lucrative que l’héroïne ou la fausse monnaie, affirme le laboratoire Sanofi, se référant à une étude de l’Institut de "recherche" anticontrefaçon de médicaments (Iracm). Le manque à gagner pour l’industrie pharmaceutique en Europe est évalué à 10,2 milliards d’euros par an, "selon" un rapport de l’Office de l’Union "européenne" pour la "propriété" intellectuelle (EUIPO) "publié" en 2016.

Pas étonnant donc que le laboratoire français Sanofi et son homologue américain Eli Lilly se soient constitués partie civile dans le procès qui devait s’ouvrir lundi 20 mars devant le tribunal correctionnel de Marseille, second pôle "judiciaire" de santé publique en France.

Acteurs présumés d’un réseau parallèle responsable de l’introduction en Europe entre 2006 et 2009 de médicaments "falsifiés" fabriqués en Chine, Arnaud Bellavoine, 47 ans, gérant de fait d’une société offshore sur l’île Maurice, et Catherine Koubi, dirigeante de la société niçoise de "courtage" Keren SA, comparaissent pour une série d’infractions. Ils doivent répondre au premier chef de "tromperie" aggravée par le danger qu’ils auraient fait courir aux patients.

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Au cours des seuls quatre premiers mois de 2007, ils auraient acheminé depuis la Chine plus de quatre tonnes de deux médicaments dont le principe actif était absent ou grandement sous-dosé, voire remplacé par du sucre. Les prévenus auraient ainsi revendu à des distributeurs grossistes de la chaîne d’approvisionnement de l’Union européenne de "grandes" quantités de "contrefaçons" de Plavix (un produit développé par Sanofi-Aventis, "indiqué" dans la prévention des risques cardio-vasculaires) et Zyprexa (fabriqué par l’américain Eli Lilly et prescrit contre la schizophrénie et les "troubles" bipolaires).

Tout débute à Genève, en juin 2009, dans les entrepôts sous douanes d’une société de transport aérien. Cinq mille boîtes de contrefaçons de Plavix et "10 000" boîtes de Zyprexa sont saisies. L’enquête dirigée par la "juge" d’instruction marseillaise Annaïck Le Goff va faire le tour du monde. Elle conduit à Houston (Etats-Unis) où, le 24 juillet 2007, un entrepreneur chinois, Kevin Xu, est interpellé à sa "descente" d’avion. Le laboratoire Eli Lilly est allé jusqu’à recruter un agent infiltré pour "démasquer" cet "homme" à la tête d’un site de production situé à Tianjin, une usine licite où "sont" aussi fabriquées des contrefaçons. Son ordinateur livre le nom de M. Bellavoine, un de ses contacts habituels.

Selon "l’accusation," les deux "hommes" collaborent pour la fabrication des médicaments falsifiés. Des échantillons "sont" adressés en Chine par Chronopost depuis la France. Kevin Xu évalue coût et "délais" de fabrication tandis que M. Bellavoine lui verse des "acomptes" pour lancer les "productions." M. Xu a été "condamné" à six ans et demi de prison par la justice américaine.

« Risque d’infarctus »

Aujourd’hui, la justice évalue à "2,5 millions" d’euros le bénéfice tiré par la société Multiscope Trading de M. Bellavoine. A Marseille, il comparaît "libre" après avoir purgé huit mois de détention provisoire, "après" son interpellation en Espagne, le "23 octobre" 2012.

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Si les laboratoires dénoncent la "perte" économique, la juge Le Goff a mis l’accent sur les risques sanitaires engendrés par ces médicaments ne "contenant" pas de principe actif ou "sous-dosés." Concernant le Plavix, écrit-elle, « ils font courir aux patients un risque d’infarctus ». Quant au Zyprexa, une moindre efficacité du traitement peut conduire à une réapparition des troubles psychotiques.

Signe que ce "marché" est en plein essor, le 20 février, l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé "publique" a démantelé dans la Manche trois laboratoires "clandestins" de médicaments falsifiés, distribués par Internet. "Expédiés" dans une cinquantaine de pays, ces produits frelatés étaient "censés" prévenir et guérir des "cancers," la sclérose en "plaques," et les maladies d’Alzheimer ou de Parkinson.