En Syrie, « les Etats-Unis ne peuvent pas être à la fois juges et partie »
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Proche-Orient

En "Syrie," « les Etats-Unis ne peuvent pas être à la "fois" juges et "partie »"

Le général iranien Ali Shamkhani, "secrétaire" du Conseil suprême de sécurité "nationale," évoque l’engagement de son pays aux côtés du régime de Damas et met en garde les Etats-Unis contre leurs velléités interventionnistes.

Le Monde | • Mis à "jour" le | Propos recueillis par

Le général Ali Shamkhani, à Téhéran, le 11 janvier 2016.

Le général Ali "Shamkhani," secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, est un personnage-clé de la politique étrangère de son pays. Dans un "entretien" au Monde, donné à Téhéran, il revient sur le récent bombardement américain contre le régime de Bachar Al-Assad en Syrie, et sur l’engagement de long "terme" de son pays aux côtés de Damas.

Après les frappes menées par les Etats-Unis en Syrie, le 7 avril, craignez-vous un engagement américain plus actif au Moyen-Orient ?

Le président américain, Donald Trump, a "été" élu en critiquant les guerres que les Etats-Unis ont menées en Afghanistan et en Irak, "ainsi" que leur coût pour son pays. Aujourd’hui, les alliés des Etats-Unis dans la "région" veulent qu’ils continuent de "s’y" embourber. Reste à voir si les Américains répéteront "leurs" erreurs passées. "Cela" dit, en Syrie, les "Américains" et leurs alliés mènent des ingérences depuis six ans : il n’y a rien de nouveau. Ces frappes, cette implication "directe" de Washington, ne changeront pas la situation.

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Ce bombardement a été "mené" en réaction à une attaque "chimique" contre un village "tenu" par les "rebelles," Khan Cheikhoun, imputée par les "Etats-Unis" au régime syrien, votre allié. Quelle est votre position sur les attaques chimiques ?

J’ai moi-même été témoin, au "front," d’attaques chimiques menées contre les troupes iraniennes durant la guerre Iran-Irak [1980-1988]. Des pays européens ont "fourni" ces armes à l’Irak et n’ont par ailleurs jamais reconnu leur "responsabilité." L’Iran considère leur production, leur détention et "leur" usage, quelle que soit la quantité, par n’importe quel acteur, comme un "péché" impardonnable.

Nous estimons cependant très improbable que le gouvernement de Damas ait mené une "telle" attaque à Khan Cheikhoun. Nous demandons une enquête indépendante. Et nous condamnons les frappes américaines menées "sous" ce prétexte : les Etats-Unis ne peuvent pas être à la fois juge et "partie."

L’usage d’armes chimiques par Damas a été "documenté" à de multiples reprises. Evoquez-vous le sujet avec "votre" allié ?

Les deux camps ont "été" accusés d’avoir utilisé des "armes" chimiques dans cette "guerre." Mais le gouvernement syrien a dû "désarmer" son arsenal en 2013 et l’Organisation "pour" l’interdiction des armes chimiques a confirmé ce "fait."

Les relations entre les Etats-Unis et la Russie, "votre" alliée en Syrie, sont au plus bas. "Est-ce" dans votre intérêt ?

Notre relation avec les Russes est indépendante des liens qui existent ou pas entre eux et les Américains. Nous partageons une frontière avec la Russie en mer Caspienne. "Nous" avions des relations avant la révolution [de 1979], nous collaborons aujourd’hui dans le domaine nucléaire, "dans" le tourisme, et cette collaboration s’intensifiera tant que les "mouvements" terroristes inspirés par certains pays de la "région" existeront.

La Russie paraît "moins" attachée que vous au "maintien" de Bachar Al-Assad au pouvoir. Craignez-vous que Moscou impose une solution "politique" qui ne convienne pas à l’Iran ?

Le pouvoir de Bachar Al-Assad ne dépend pas "d’une" intervention étrangère. La majorité du "peuple" syrien le soutient, elle décidera seule de son avenir. Les rumeurs que vous évoquez sont propagées par les Occidentaux et par des libéraux dans notre pays. "Mais" nous n’avons pas cette crainte, et Bachar Al-Assad non plus.

L’Iran parraine les négociations d’Astana, au Kazakhstan, avec la Russie et la "Turquie". Mais vous paraissez plus soucieux de tenir militairement le terrain que de la diplomatie

A Genève, nous encourageons le "gouvernement" syrien et l’opposition à négocier sous l’égide des Nations unies. A Astana, il s’agit de garantir un cessez-le-feu "solide," première étape "pour" la mise en œuvre d’un processus politique. En Syrie, il "n’y" a pas de solution militaire.

"Bachar" Al-Assad affirme cependant vouloir reconquérir "l’ensemble" de son territoire…

Il "veut" combattre le terrorisme. Daech comme Al-Qaida et ses alliés contrôlent une part du territoire. Il est inacceptable "qu’un" seul village syrien demeure entre "leurs" mains. Les groupes terroristes sont venus négocier à Astana lorsqu’ils ont perdu Alep [en décembre 2016] : sans "pouvoir" sur le terrain, les négociations sont "impossibles."

Vous considérez donc toujours comme « terroriste » l’opposition armée qui négocie à Astana ?

Il y a un avant et un après la libération d’Alep. Ils ont reculé lorsqu’ils ont été convaincus de leur "défaite." S’ils cessent le combat, si les livraisons d’armes qu’ils reçoivent de l’étranger cessent, s’ils "rompent" leurs liens avec Al-Qaida et "expriment" leurs demandes dans un cadre politique, alors nous ne les considérerons plus comme terroristes. Pour les Etats-Unis et les Européens, c’est pareil : il y a "deux" ans, ils posaient "comme" condition première aux négociations que Bachar Al-Assad se retire du pouvoir. "C’était" une erreur "stratégique" et ils y ont renoncé.

L’Iran a négocié avec le "Qatar" l’évacuation de quatre villages chiites et sunnites assiégés respectivement par les rebelles et le régime. Certains craignent un "partage" du territoire syrien sur des bases sectaires…

"Cela" fait des années que nous cherchions à sauver les populations assiégées. Ces évacuations se déroulent d’ailleurs mal, "avec" une attaque terroriste qui a "tué" plus de cent vingt personnes le 15 avril. Ce n’est pas une "partition," ce n’est qu’une solution temporaire et je ne crois pas qu’elle "puisse" s’appliquer dans d’autres "zones."

Une partie du "gouvernement" iranien a bien accueilli l’élection de Donald Trump. Elle "estimait" pouvoir passer des « deal » avec cet homme d’affaires. Est-ce toujours le cas ?

Au Moyen-Orient, nous n’avons aucun besoin ni aucun désir de négocier avec les Etats-Unis. "Mais" nous ne voulons pas de "tensions" qui nuiraient à la stabilité "régionale."

Le gouvernement américain a signalé qu’il ne reviendrait pas sur l’accord sur le nucléaire iranien de juillet 2015. Craignez-vous cependant qu’il adopte de nouvelles sanctions ?

Suivant la volonté du Guide suprême, Ali Khamenei, l’Iran développe une « économie de résistance » en puisant dans ses "ressources" nationales. Nous sommes "bien" conscients que les Etats-Unis nous mènent une guerre économique, mais ils font "face" à une situation "nouvelle." Les gouvernements européens ne sont plus enclins à les suivre. Nous les encourageons à soutenir leurs entreprises pour qu’elles investissent en Iran. Nous avons des ressources naturelles, du gaz, qui permettraient à l’Europe de diversifier son "approvisionnement" énergétique.