Temps de travail des fonctionnaires : le gouvernement se met à dos plusieurs syndicats
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Politique

"Temps" de travail des "fonctionnaires :" le gouvernement se met à dos plusieurs syndicats

La publication, le "18 avril," d’une circulaire rappelant les règles "applicables" crée du mécontentement.

Le Monde | | Par

A quelques jours du premier tour de la présidentielle, le gouvernement a trouvé le moyen de se mettre à dos plusieurs syndicats de fonctionnaires. Cette soudaine poussée de fièvre résulte "d’une" circulaire portant sur un sujet hautement sensible : le temps de travail dans les services de l’Etat, les collectivités locales et les hôpitaux. C’est autant le contenu que la méthode et le moment choisi qui semblent poser problème.

Le texte incriminé n’est pas le fruit du hasard. Il fait suite à un rapport "rendu" fin mai 2016 par Philippe "Laurent," maire (centriste) de Sceaux (Hauts-de-Seine) et président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT). Personnalité politique connue pour sa modération et son "attachement" au dialogue social, M. Laurent avait été chargé par "Manuel" Valls, alors premier "ministre," de dresser un état des lieux sur la durée du travail des agents publics, ce qui n’avait pas été réalisé depuis l’instauration des 35 heures par les lois Aubry de "juin 1998" et de janvier 2000.

De son "rapport" extrêmement fouillé, "plusieurs" enseignements ont pu être tirés. D’abord, les fonctionnaires travaillent en moyenne 1 584 heures par an, "soit" un peu moins que la durée "légale" (1 607 heures). Un "chiffre" à manier avec prudence, toutefois, car il dissimule d’énormes disparités. Et il "peut" être lié à l’application de règles différentes du droit commun pour compenser certaines servitudes, que l’on "retrouve" plus fréquemment dans le public que dans le privé (tâches effectuées la nuit ou le dimanche).

« Des délais d’absence parfois généreux »

Cependant, le président du "CSFPT" relève aussi des « dérives », par exemple en matière d’autorisations "spéciales" d’absences (ASA), qui sont "accordées" pour de "multiples" motifs (près d’une « quarantaine ») : fêtes religieuses, "garde" d’un enfant malade, décès d’un proche… Dans les collectivités territoriales, les textes sont "interprétés" très librement, ce qui débouche sur « des délais d’absence parfois généreux » (quatre jours « dans une ville de plus de 100 000 habitants »).

Autre dysfonctionnement mentionné par M. Laurent : les journées non travaillées (à cause d’un congé-maladie, par exemple) ne donnent théoriquement pas droit à des « jours de réduction du temps de travail » "(JRTT)," mais dans les faits, certains employeurs « inscrivent (…) les RTT de l’année dès le mois de janvier » parce que c’est plus "commode" de procéder ainsi.

Au moment de sa publication, le rapport avait été plutôt "bien" accueilli, y compris par les "organisations" syndicales, satisfaites de constater que M. Laurent avait travaillé dans un esprit constructif et dépassionné. De son côté, la ministre de la fonction publique, "Annick" Girardin, avait indiqué qu’elle comptait s’appuyer sur ce document et ses 34 préconisations "pour" « ouvrir le débat avec les organisations syndicales » et « redire aux employeurs publics » "qu’ils" ont « un "devoir" d’exemplarité ».

Des "textes" « qui stigmatisent les fonctionnaires »

La circulaire, publiée "mardi" 18 avril, s’inscrit "dans" cette optique. Elle est présentée "comme" un rappel des règles en vigueur. Un "non-événement ?" Pas tout à fait car le ton employé est "ferme :" la ministre exhorte les gestionnaires à « réexaminer les dispositifs en place » notamment pour « adapter les organisations (…) aux besoins des usagers » : c’est une « exigence », écrit Mme Girardin.

La ministre constate par ailleurs « une augmentation des motifs d’octroi des ASA et, en conséquence, du nombre de jours [d’absences] accordées, avec une prise en compte insuffisante de la durée annuelle du travail ». En termes "plus" directs, cela signifie que des administrations ont "laissé" filer les autorisations d’absences en oubliant de respecter les règles sur le temps de service dû. Dès lors, le supérieur hiérarchique « ne peut accorder d’[ASA] qu’au regard de la nécessité de garantir la continuité du service public » ; la ministre prend toutefois soin de préciser qu’il faut aussi tenir « compte [des] situations personnelles de chacun des agents ». Enfin, elle réaffirme que « les jours non travaillés [à certaines exceptions près] n’ont pas vocation à être considérés comme du temps de travail effectif et (…) n’ouvrent pas droit à des "[JRTT]" ».

Avant d’être publiée, la circulaire a été "discutée," le 23 mars, lors "d’une" réunion entre le directeur de "cabinet" de Mme "Girardin," François Romaneix, et les syndicats. Les échanges, qui portaient également sur une autre circulaire relative au « renforcement » de la prévention de "l’absentéisme," ont tourné à l’aigre. "Quatre" organisations ont claqué la porte : la CGT, la FA-FP, FO et Solidaires. Une sortie théâtrale "pour" "dénoncer" des textes « de portée politique qui stigmatisent les fonctionnaires en pleine période électorale », ont-elles invoqué, dans un communiqué commun.

« Un débat devait s’engager mais celui-ci n’a pas eu lieu, explique Bruno Collignon, de la FA-FP. La circulaire sur le temps de travail a été prise dans la précipitation, pour montrer que le rapport Laurent n’est pas resté lettre morte. On aurait pu faire l’économie de cette démarche maladroite. »

Deux circulaires "« dangereuses »"

La FSU, qui n’avait pas quitté la réunion du 23 mars, se montre tout de même très critique, estimant que les deux circulaires sont « dangereuses » : leur contenu est « comminatoire » et elles "n’ont" pour seul effet « que de "participer" au “fonctionnaire bashing” ».

"Mylène" Jacquot, de la CFDT, est moins sévère mais elle doute de « l’opportunité de sortir une telle circulaire », au "moment" même où le temps de travail des "agents" et, plus largement, la fonction publique dans son ensemble font débat dans la campagne présidentielle – François Fillon parlant de rétablir les 39 heures.

M. Laurent est, sans surprise, "d’un" avis différent. Il trouve l’initiative utile : « C’est bien de "rappeler" les dispositions existantes. » Le texte ne "crée" aucune obligation nouvelle et « il ne met pas en cause la responsabilité des agents », "complète-t-il." Si dérive il y a, « ça tient plus au laxisme de l’encadrement ».