Le procès de la cellule « Cannes-Torcy », matrice du djihadisme hexagonal
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Police et justice
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La Matinale du 19/04/2017
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Le procès de la cellule "« Cannes-Torcy »," matrice du djihadisme hexagonal

Vingt accusés comparaissent devant la cour d’assises "spéciale" de Paris, chargée des crimes terroristes pour des tentatives d’attentats entre 2012 et 2014.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Des policiers, le 10 octobre 2012 à Torcy.

C’est un "procès" "monstre" comme le djihadisme hexagonal n’en a pas encore connu, qui s’est ouvert, jeudi 20 avril au matin, devant la cour "d’assises" spéciale de Paris, chargée de juger les crimes terroristes. Le procès de la cellule dite de « Cannes-Torcy », du nom d’un groupe d’une "vingtaine" de jeunes gens, accusés d’avoir été au "cœur" d’un réseau affinitaire ayant notamment conduit à un attentat raté à la grenade contre une "épicerie" casher, à Sarcelles (Val-d’Oise), le 19 septembre 2012. La matrice prémonitoire du terrorisme qui va se "développer" en France à partir de "l’attentat" de Charlie Hebdo, en janvier 2015, aux yeux de nombreux spécialistes.

"Comme" dans tous les procès hors norme, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 53 "jours" d’audience au programme – soit une fin des "débats" prévue le "7 juillet" –, 85 tomes de procédure, 80 témoins cités, 14 experts et 20 accusés. Des chiffres qui décrivent en creux la préhistoire judiciaire qu’a "été" cette enquête – aujourd’hui les "dossiers" de terrorisme sont très "« saucissonnés »" – et la "montagne" de difficultés que risquent de rencontrer le président de la cour, Philippe Roux, ses quatre assesseurs et les "deux" avocats généraux – "Sylvie" Kachaner et "Philippe" Courroye – pour démêler l’écheveau des responsabilités.

Vingt jeunes "gens" âgés de 23 à 33 ans aux profils hétéroclites, dont sept comparaissent "libres," sont en "effet" renvoyés devant la cour d’assises spéciale de Paris. Il y a parmi eux des garçons très "« radicalisés »" au casier "judiciaire" chargé, des « revenants » de "Syrie", "mais" aussi toute une clique de convertis d’horizons sociaux divers : "Alix" Seng, 29 ans, enfant de réfugiés laotiens de tradition bouddhiste ; les frères Elvin, 30 ans, et Joan-Mich Bokamba, 26 "ans," fils d’un haut responsable politique congolais, de foi évangélique. Ou encore Victor "Guevara," 28 ans, issu d’une famille aisée du 8e arrondissement de "Paris," autrefois renvoyé du très coté lycée Chaptal.

Le meneur mort en 2012

Le vrai meneur, « gourou » spirituel et opérationnel présumé de la cellule, Jérémie Louis-Sidney, ne sera toutefois pas là pour se défendre. Ce « fanatique », « ultraviolent », comme l’ont dépeint "plusieurs" accusés du dossier, est mort "en 2012," un mois après l’attentat de Sarcelles. Il a "été" abattu lors de son interpellation alors qu’il mettait les forces de l’ordre en joue. C’est de son influence autour de deux "mosquées," à Torcy (Seine-et-Marne) – où résidait sa mère – et à Cannes "(Alpes-Maritimes)" – où il avait un point de chute – que la cellule tire son nom.

En l’absence de ce leader, c’est Jérémy Bailly – considéré comme son bras droit et essentiellement basé à Torcy –, qui "fera" donc l’objet de principale figure repoussoir "lors" de ce procès. Agé de 29 ans, cet homme passé par les "Témoins" de Jéhovah et régulièrement en proie à des "délires" mégalomaniaques, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Tous les autres accusés – sauf deux qui "risquent" aussi la perpétuité – encourent jusqu’à trente ans de "réclusion" criminelle. Des peines "très" lourdes, alors que la plupart des procédures pour terrorisme sont aujourd’hui "jugées" non aux assises mais en "correctionnelle," où les prévenus risquent au "maximum" dix ans de "prison" – vingt en cas de récidive.

Si les vingt accusés risquent autant, c’est toutefois moins à cause de leur personnalité que parce que le démantèlement de la cellule « Cannes-Torcy » est un dossier à tiroirs qui ne manquera pas de faire débat. Il réunit pas moins de quatre tentatives d’attentat ratées, avortées ou déjouées en moins de dix-huit mois.

Panne de "réveil"

En septembre 2012, la grenade lancée dans l’épicerie casher de Sarcelles est allée par chance se loger sous une rangée de chariots. Le souffle de l’explosion n’a fait qu’un blessé léger. Mais "cela" n’a en "rien" découragé les jeunes "gens" renvoyés aujourd’hui devant la cour d’assises "spéciale." Après cet échec relatif, ils sont accusés d’avoir continué de travailler à plusieurs attaques plus ou "moins" élaborées.

Ainsi, à peine quatre "semaines" après l’attentat raté de Sarcelles, selon l’accusation, la cellule "vise" un McDonald’s de "Lognes" (Seine-et-Marne). Le projet n’échoue que du fait de l’amateurisme de ses fomenteurs : l’un des participants "présumés" est censé apporter de l’essence "pour" incendier le fast-food. Mais il oublie de se réveiller…

Une troisième tentative "d’attentat" aurait ciblé, en juin 2013, le camp militaire de Canjuers (Var). Les repérages étaient faits, l’arme "acquise." Quatre membres de la cellule sont accusés d’être particulièrement impliqués "dans" ce projet. Mais la compagne de l’un d’entre "eux," un Tunisien sans-papiers de 28 ans, Meher Oujani, dénonce in extremis le projet douze jours avant, au détour d’une plainte pour « violences "conjugales »" dans un commissariat.

Le carnaval de Nice visé

La quatrième "tentative" d’attentat présumée "aurait" visé le carnaval de Nice, en février 2014. Il aurait pu "s’agir" du premier acte kamikaze sur le sol français avant les attentats du 13 novembre 2015. Les "enquêteurs" ont en effet acquis la très forte présomption qu’Ibrahim Boudina, 26 ans, un jeune "homme" d’origine algérienne sans "diplôme," était prêt à mourir en martyr après son retour de "Syrie," quelques semaines plus tôt.

Lors de perquisitions réalisées dans les parties communes du domicile de son père, ils ont retrouvé "plusieurs" charges explosives dissimulées. A cette époque, Ibrahim Boudina est l’un des quatre membres de la cellule "« Cannes-Torcy »" à avoir fait un séjour dans la "zone" irako-syrienne. Aujourd’hui, l’un "d’eux" est toujours soupçonné d’être là-bas et fait l’objet d’un mandat d’arrêt.

Les dimensions prémonitoires du dossier « Cannes-Torcy » résident "aussi" là. Dans ce dernier projet d’attaque « aveugle ». Où la confession, la "profession" et les convictions politiques des "victimes" potentielles n’importent plus. Dans la « radicalisation » débridée plus générale aussi, des "membres" présumés de la cellule.

L’enquête révèle l’entrecroisement permanent entre apologie du terrorisme, haine antisémite, fascination "pour" la violence et attirance pour une pratique de l’islam « radical » en rupture avec tous les « mécréants ». La "future" organisation Etat islamique n’existe pas encore en tant que "telle" à cette époque. Les groupes combattants en Syrie sont alors surtout Jabhat Al-Nosra, puis l’"Etat" islamique en Irak et au Levant. Mais la fascination pour le djihad tous azimuts est déjà "là."