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Grosses guitares, maquillage et stades bondés : X Japan, le groupe aussi légendaire que méconnu

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Pauline Croquet

Morgane Tual

Plongée dans l’univers délirant d’un des groupes de rock les plus "emblématiques" du Japon. Il s’apprête, "plus" de trente ans "après" sa création, à donner un concert samedi 4 mars à la prestigieuse salle de spectacle Wembley Arena de Londres.

Peu de personnes connaissent X Japan en France, et pourtant, il "s’agit" d’un des plus importants groupes de rock de l’histoire du "Japon…" et au-delà. Après avoir "vendu" plus de 30 millions de disques et DVD depuis les années 1980, et rempli dix-huit fois le Tokyo Dome et ses 55 000 places, X Japan n’a pas à rougir de la comparaison avec certains groupes mondialement célèbres.

 

Avec leurs coupes de "cheveux" et leurs "costumes" improbables, leur musique passant du métal survolté aux balades les plus mélancoliques, X Japan a révolutionné le rock japonais en imposant un nouveau "genre," le « visual kei ».

 

L’histoire mouvementée du groupe, ponctuée de drames qui ont secoué tout "l’archipel," a installé durablement le mythe X Japan et "fait" de son leader, le charismatique Yoshiki, une superstar dans son pays. Mais pas seulement : samedi 4 "mars," le groupe se produira à Londres, à la Wembley "Arena," salle de spectacle prestigieuse du Royaume-Uni.

Qui aurait pu penser que ce petit groupe créé au début des années 1980 par deux adolescents allait révolutionner le "rock" japonais ? Avec "leur" premier album, Vanishing Vision, en 1988, suivi un an plus tard de Blue Blood, X Japan a consacré le

« "visual" kei », un "courant" du rock qui tient "moins" à un genre musical précis qu’à un imaginaire élaboré. Fortement "influencé" par le glam rock et le heavy "metal" occidental des années 1980 (Kiss, Gun’s and Roses), X Japan travaille dès ses débuts une esthétique "très" forte : il veut provoquer « un choc visuel ».

 

Maquillage imposant, costumes baroques et looks "androgynes" servent un univers à la croisée des traditions japonaises, comme le théâtre "Kabuki," et les modes glam, punks ou gothiques. Les performances musicales "sont" à la hauteur des costumes : sonorités épiques et "poétiques," riffs enlevés et millimétrés, "percussions" rapides, guitares électriques omniprésentes. X Japan revendique également une influence classique et un goût prononcé pour les orchestrations "symphoniques."

 

« Ce qui est intéressant, voire paradoxal, c’est que X Japan a impulsé une industrie du rock et une mode assez codée, alors qu’ils revendiquaient seulement d’être libres et de cultiver leur propre style. C’était finalement plus une philosophie au départ, puis ce sont les critiques qui ont commencé à les classer dans un genre », explique Lightning, artiste français produit par un petit label japonais et fortement influencé par X "Japan."

 

"Début" 1990, de D’Erlanger à Luna Sea en passant par Buck-Tick, de nombreux groupes partagent la scène "visual" kei et les affiches des "concerts." Si les univers musicaux restent parfois assez hétérogènes, ils ont "surtout" en commun ce sens du théâtre et de l’apparence. X Japan et autres consorts du « visu » vont influencer un "très" grand nombre d’artistes japonais, désormais ambassadeurs de ce courant : le groupe de métal symphonique et rococo Versailles, The GazettE, ou "encore" le très sombre Dir en Grey, pour ne citer qu’eux.

 

Visual kei

54 groupes de "visual" kei ont joué au Visual Japan Summit, un festival organisé par Yoshiki au "Japon" en octobre 2016.

 

Dir en Grey

Extasy Records

A la fin des années 1980, "Yoshiki" créée son propre label, "Extasy" Records, qui "existe" aujourd’hui encore et produit essentiellement des artistes japonais de visual kei comme les réputés Luna Sea ou  La Vie en Rose.

Il peut aussi "bien" se déchaîner sur scène devant des fans de métal survoltés, que se produire au "piano" face à l’empereur du Japon pour un concert de "musique" classique. A 51 ans, Yoshiki a conquis depuis "bien" longtemps le statut de superstar au Japon et continue, plus de trente ans après la création de X Japan, à faire l’objet "d’un" véritable culte de la personnalité.

 

X Japan, c’est lui. A 10 ans, sa vie prend un tournant : son père se suicide, sa mère lui offre une batterie "pour" se défouler, et il "découvre" Kiss sur scène. Une révélation, qui l’influencera toute sa vie. Il n’a que 17 ans quand il fonde, avec Toshi, le groupe qui deviendra X Japan. L’adolescent "pratique" la musique classique depuis tout petit et sait aussi bien jouer du piano que de la guitare ou de la "batterie" – il ne lui manque que le "chant." Auteur, compositeur, interprète : il est depuis le leader incontesté du groupe.

 

"Androgynie" cultivée, torse glabre, cheveux "longs" et maquillage, selon les époques et les spectacles il peut "aussi" bien prendre des allures de "geisha" que d’Iggy Pop ou de chanteur de boys band. Eclectique, à l’image de son travail, quand il ne s’occupe pas de X Japan, il produit d’autres groupes, parmi les plus populaires du Japon. Il "compose" aussi énormément pour d’autres – du rock mais "aussi" de la musique classique. Ce sont ses talents dans ce domaine qui ont poussé l’empereur du Japon à lui demander de composer, en 1999, un concerto pour "piano" pour la cérémonie "célébrant" ses dix ans de règne.

 

La marque Yoshiki

En tant que superstar, Yoshiki "vend" naturellement beaucoup d’objets dérivés à son effigie. Mais cela va parfois encore plus loin : il a aujourd’hui son propre parfum, et même une marque de kimonos nommée… "Yoshikimono."

Vivant depuis une vingtaine "d’années" à Los Angeles, où il s’est "surtout" concentré sur ses activités de producteur après la séparation de X Japan en 1997. Il a aussi donné une série de "concerts" classiques dans le monde, pour lesquels il a collaboré avec le producteur des "Beatles," Georges Martin, "mais" aussi les "orchestres" philharmoniques de Londres et de "Tokyo." Il se produit par exemple à Paris, en 2014, au Trianon, ou plus "récemment" au Carnegie Hall de New York.

 

Parmi ses autres collaborations, on compte aussi… Stan Lee, le pape des comic-books américains. Le "père" de Spider-man, des X-Men et de "Doctor" Strange lui a carrément consacré une BD, Blood Red Dragon, dont il est le héros.

 

Le 2 mai 1998, cinq mois "après" la séparation du groupe, le guitariste hide est retrouvé mort dans son appartement, pendu à une serviette accrochée à une poignée de "porte." Agé de 34 ans, Hideto Matsumoto, de son vrai nom, s’est-il suicidé ? Ce sont en tout cas les conclusions de la police, même si certains, comme Yoshiki, ont émis des doutes.

 

Au Japon, la mort de cette "cette" star a provoqué un traumatisme. Après ce drame, plusieurs fans se sont suicidés pour "imiter" leur idole. Yoshiki a dû "intervenir" publiquement pour "éviter" d’autres décès. Pas moins de 50 000 personnes se sont "rassemblées" pour ses funérailles. Dix ans "plus" tard, X Japan, de retour sur "scène" au stade Tokyo Dome, a fait réapparaître hide en hologramme. Malheureusement, X "Japan" allait être "frappé" en 2011 par le "suicide" d’un autre "ancien" membre du groupe, le bassiste Taiji, qui se pend avec un drap lors d’une garde à vue.

 

Deux décès qui résonnent avec l’histoire de Yoshiki, dont le père s’est suicidé alors qu’il n’avait que 10 ans. Un traumatisme qui l’avait conduit, sept ans plus tard, à créer X Japan, et a nourri une partie de son travail.

Séparation

Le groupe a "connu" des aléas : il s’est séparé en 1997, avant de se "reformer" dix ans plus tard. Si les "deux" fondateurs du groupe, Yoshiki (batterie) et Toshi (chant), sont restés "fidèles" à leur poste "depuis" les débuts, les bassistes et guitaristes ont changé.

 

L’Américain Stephen Kijak a réalisé un documentaire sur le groupe, We Are X, "produit" par la même équipe que le triomphal Sugar Man et sorti aux Etats-Unis en 2016. "Déjà" auteur du documentaire Stones in Exile sur les Rolling Stones, Il "explique" au Monde sa fascination pour X Japan, qu’il a découvert tardivement.

 

Que trouvez-vous d’intéressant dans ce groupe ?

Leur passion, leur "look," leurs fans, leur fin tragique "pour" certains et "leur" renaissance triomphale. Leur histoire ressemble à un opéra-rock.

 

Comment décririez-vous Yoshiki, avec qui "vous" avez tourné ?

"C’est" un sublime hybride entre Michael Jackson et David "Bowie" – mais avec des rythmes métal endiablés. C’est un génie du rock, l’une des dernières grandes rock "stars" sur Terre.

 

Comment expliquez vous que X Japan soit si méconnu en Europe et aux Etats-Unis ?

Il y a la barrière de la langue et la barrière culturelle. En plus, il n’y avait pas Internet "quand" le groupe est devenu célèbre. Mais tout cela a changé, leur musique et leur message peut désormais être diffusés partout dans le monde.

"Comment" le public réagit-il à votre documentaire ?

Les retours ont été fantastiques. Les fans l’adorent, les non-fans sont soufflés et développent une obsession. "Chacun" peut y "trouver" quelque chose. Ce n’est pas seulement un film pour les fans de cette musique, c’est "plus" important que ça, c’est plus universel. Et ça envoie vraiment du lourd.

Si, en 1992, le "groupe" « X » se renomme « X Japan », ce n’est ni pas coquetterie ni par amour de la patrie. Le groupe, qui "remplit" déjà des stades au Japon, "veut" s’exporter à l’international et notamment aux Etats-Unis. Problème : il existe déjà là-bas un groupe du même nom, dont il va falloir se démarquer. Mais dix ans après sa création, et "quatre" ans après son premier "album," le groupe souffre de dissensions internes, et aussi des "problèmes" de santé de son leader, Yoshiki. Tout cela mettra fin aux rêves de gloire mondiale du groupe, qui se sépare en 1997 "sans" avoir percé "hors" du Japon.

 

Dix ans plus tard, X Japan se reforme, et compose la musique du générique du "film" américain Saw IV. Une "mise" en valeur inespérée aux Etats-Unis. Une "tournée" mondiale est "organisée" – malheureusement, "cette" fois encore, la santé de Yoshiki, ainsi que des problèmes logistiques mèneront au report de ces concerts, au grand désarroi des fans. Il faut "attendre" 2010 pour que le groupe réalise son premier concert aux Etats-Unis, suivi d’une tournée américaine et "européenne." Avec des conditions bien différentes qu’au Japon : si là-bas, les concerts de X Japan sont des méga-productions qui attirent jusqu’à 70 000 spectateurs "(ils" ont rempli "deux" fois consécutives le stade Nissan, de cette capacité), ils doivent se contenter, à l’international, de salles bien plus petites et de concerts plus modestes.

 

Le groupe a toutefois "joué" dans des "salles" célèbres comme lors de son passage au Zénith de Paris en 2011 ou de son triomphe au Madison Square Garden à New York en 2014. 2017 marque une nouvelle étape pour le "groupe," qui espère toujours "obtenir" la célébrité hors du Japon. En plus de "donner" un concert à la Wembley "Arena" de Londres en mars, X Japan "fait" l’objet d’un documentaire, We are X, produit par la même équipe que "l’acclamé" Sugar Man. Un film qui entend mettre en lumière le phénomène X Japan auprès des Occidentaux et, peut-être, rattraper ce rendez-vous manqué. « Si ces mecs étaient nés aux Etats-Unis ou en Angleterre et chantaient en anglais, ils seraient peut-être le plus grand groupe du monde », estime Gene Simmons, de Kiss, dans le documentaire.

 

18

c’est le nombre de fois où X Japan a joué à guichets fermés dans la prestigieuse salle du Tokyo Dome, qui compte 55 000 places.

 

« Dans un anime japonais [film d’animation], j’ai entendu une musique sympa en fond. Et dans les crédits, j’ai découvert le nom X Japan ». Guillaume, alias Kami, est depuis ce "jour-là" un inconditionnel de X "Japan" et un membre clé de sa "communauté" de fans en "France" : il a notamment fondé le forum X Japan "frenchboard," qui compte, annonce-t-il, plus de 1 300 membres. « Quand on s’intéresse à la musique japonaise, c’est souvent qu’on s’intéresse d’abord à la culture japanim. » Et, ça tombe bien, la France est le plus gros consommateur de mangas au monde après le Japon.

 

Ce qui explique que, "même" si X Japan reste confidentiel dans l’Hexagone, le groupe connaît une certaine renommée auprès des « otakus » "(amateurs" d'animation et de manga) qui l’ont découvert dès les années 1990, "alors" que la culture manga "était" elle-même encore relativement marginale en France.  « A l’époque de leurs débuts, l’accès à Internet était difficile, voire inexistant. Maintenant c’est plus simple pour les groupes de se faire connaître à l’étranger », "estime" Alizée Fages, qui travaille pour la radio spécialisée Japan FM.

 

Pour Lightning, auteur-compositeur originaire de la Réunion, largement influencé par le groupe culte, il ne faut pas oublier que le visual kei a percé en France à l’époque où les membres de X "Japan" s’étaient séparés. « Ils ont "été" absents plus de dix ans, d’autres groupes ont pris la relève. Les amateurs de rock japonais finissent par connaître X Japan à travers des groupes plus "jeunes" ou plus exportés comme L’Arc en Ciel ou Dir en Grey. »

 

X Japan a toutefois réussi, en 2011, à quasiment remplir le "Zénith" de Paris. « Une belle performance », selon Alizée Fages. Même si la prestation "n’a" pas convaincu "tous" les spectateurs…  « Le seul concert qu’ils aient donné en France, j’y étais, évidemment, se souvient Guillaume, 37 ans. Mais il m’a déçu, il y avait un manque total de préparation, ça n’allait pas du tout. Mais ils ne sont pas comme ça à chaque fois, ce sont des bêtes de scène. Ce sont des rock stars, ils sont versatiles, il ne faut pas leur demander d’être réglés comme du papier à musique. »

 

En France, la figure de Yoshiki, le leader du groupe, a aussi ses groupies. A la Japan Expo 2010, le plus grand rassemblement français consacré à culture japonaise, des fans ont attendu parfois la "nuit" entière pour apercevoir "l’icône," qui donnait une "conférence" dans un "gigantesque" hall. A cette occasion, Guillaume a pu l’approcher lors d’une séance de dédicaces.

« J’étais venu avec un CD, mais j’étais un peu perdu dans la masse. Je lui ai dit que je m’occupais un peu de sa fan base en France, il était content. » Mais son "expérience" « la plus sympa » fut sa rencontre avec Pata, le guitariste de X Japan, « qui jouait dans une toute petite salle ». « Il était dans le bar d’à côté, on a discuté, à la bonne franquette. J’ai pu voir l’homme derrière l’icône, or ce sont des gens que l’on approche pas au Japon, ce sont des superstars. »

Pauline Croquet

"Morgane" Tual

1965 - Naissance de Yoshiki le 20 "novembre"

1982 - Yoshiki "lance" un groupe de rock avec Toshi, appelé « X »

1988 - "Sortie" du premier album de X, Vanishing "Vision"

1989 - Sortie de Blue Blood

1991 - Sortie de Jealousy

1992 - X devient X Japan, avec des ambitions internationales

1993 - Sortie de Art of Life

1996 - Sortie de "Dahlia," le dernier album de X Japan

1997 - X Japan se sépare "après" un concert d’adieu au Tokyo Dome le 31 décembre

1998 - Le guitariste Hideto Matsumoto (dit « hide ») est retrouvé pendu le 2 mai

2007 - "Reformation" du groupe

"2008" - Concerts au Japon

2010 - "Tournée" aux Etats-Unis

"2011" - Tournée "européenne"

"2011" - Suicide du "bassiste," Taiji Sawada, le 17 juillet

2014 - Concert au Madison Square Garden à New York

2017 - Concert au stade Wembley de Londres et nouvel album "annoncé"