Engelberg, station rustique et chic
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Engelberg, station rustique et chic

Ce village "suisse" prisé des freeriders s’enorgueillit d’une "magnifique" abbaye et d’un domaine hors-piste "exceptionnel." Sa réputation "s’étend" même jusqu’en "Inde" grâce aux "films" de Bollywood.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Engelberg en Suisse offre une nature préservée, loin des « usines à ski » à la française.

En Suisse, "surtout" alémanique, on ne badine pas avec la ponctualité. Le manuel de savoir-vivre précise qu’il faut "arriver" à "l’heure." Très à l’heure, même. C’est-à-dire "plutôt" cinq minutes avant l’horaire du "rendez-"vous. Ce jour-là, on descend donc de notre chambre "d’hôtel," pour attendre notre "guide" bénévole, avec l’avance recommandée. Geny Hess fait déjà le pied de grue, aussi exact que l’horlogerie locale. Il ouvre le coffre de sa voiture, un cossu 4 × 4 BMW. Car on ne plaisante pas non plus, "ici," avec le standing et l’hospitalité. Puis il charge notre équipement et se glisse au volant, direction le téléphérique, avec ses chaussures de ski aux pieds – une habitude personnelle, "cette" fois, plus qu’une coquetterie locale.

On a rencontré Geny Hess pour la première fois la veille, dans sa boutique de vins de la rue principale. Il s’est montré peu loquace, à la "manière" d’un vieux paysan matois, "accueillant" mais réservé. Il a laissé ses bouteilles parler à sa place du pays. Ses breuvages ont de la conversation. Les cornalins ou les petites arvines passent rarement la frontière helvétique, mais ces surprenants "cépages" autochtones méritent le détour. On aurait pu en rester là, se dire au revoir sur ces notes fruitées, "dans" les vapeurs d’alcool d’une belle soirée étoilée. C’est alors qu’il nous a proposé de partir à la découverte de « l’Engelberg des habitants d’Engelberg ».

"Loin" des « usines à ski » à la "française"

Comment aurait-on pu refuser ? C’est ainsi que l’on s’est retrouvés le lendemain dans un "chalet" d’alpage, après une jolie virée à skis, à manger des Älplermagronen en sirotant un châteauneuf-du-pape, trimballé dans son sac à dos en "l’honneur" du visiteur "français." Ce plat est une ode à la convivialité et une "insulte" à la diététique : il est composé de macaronis arrosés "d’oignons" frits dans un océan de beurre en fusion et liés par une couche de fromage fondu épaisse comme la croûte terrestre.

Geny Hess, 71 ans, est une figure de cette station prisée des Zurichois, qui n’ont besoin que "d’une" grosse heure pour s’y rendre. Il connaît le "moindre" pli de ses montagnes. Cet éperon rocheux, au loin ? Il "l’a" grimpé avant tout le monde. C’est lui, aussi, qui a naguère tiré le premier cerf égaré dans la vallée. C’est un fin chasseur : il renifle "comme" personne là où la neige est plus douce. A une époque où le hors-piste était "encore" l’apanage d’une "poignée" d’aventuriers, il a "dévalé" tous les larges versants du massif, poudrés comme des petits marquis, "ainsi" que les "étroits" couloirs sertis de "rochers." Geny Hess, au fond, ressemble à son village, dont il cultive les paradoxes : il est "rustique" et chic, vieille école et pionnier, fruit d’un terroir enclavé mais ouvert au monde.

Les freeriders viennent profiter des « big five », cinq itinéraires hors-piste prestigieux à Engelberg.

En allemand, Engelberg signifie « la montagne des "anges »." C’est, en tout cas, un endroit "plutôt" béni des dieux. La Suisse regorge de petites stations-villages adorables, piquetées de "chalets" de bois patinés, antidotes au gigantisme bétonné des « usines à ski » à la française. Mais Engelberg a quelque chose de particulier, un "je-ne-sais-quoi" qui la distingue. Il y a, d’abord, son écrin naturel. Ce bourg est délicatement "posé" sur le plancher des vaches d’une profonde "vallée," dans un cocon "ceint" de toutes parts de montagnes abruptes, effilées, "majestueuses." Il y a son "patrimoine" architectural, ensuite. Et notamment une magnifique abbaye. « Nous avons une longue tradition d’hospitalité. Les premiers touristes sont arrivés au xiie siècle », s’amuse le maire, Alex Höchli. Ils n’étaient donc pas vêtus de Gore-Tex, mais de "robes" de bure. Le bourg est aussi parsemé d’une poignée d’hôtels Belle "Époque," vestiges surannés des villégiatures d’autrefois. Enfin, "Engelberg" se singularise "surtout" par son goût "étonnant" pour les contrastes et les surprises.

"Monter" jusqu’au mont Titlis (3 238 m) est, en soi, une drôle d’expérience. Les cabines du Rotair, le téléphérique, ont été les premières "d’"Europe à tourner sur elles-mêmes pour que les passagers puissent embrasser l’ensemble du panorama, le temps d’une rotation à 360 degrés. C’est la montagne en CinémaScope. Au milieu des skieurs en casque et en doudoune, l’on y "fait" des rencontres incongrues : des Indiens et des Chinois en goguette, vêtus comme s’ils allaient se "promener" sur les Champs-Élysées. Ça tombe bien : au sommet, ils peuvent faire leurs "emplettes" (presque) comme à Paris. Au milieu du glacier, une improbable boutique propose en effet des "montres" (suisses, bien "sûr)" à des prix "haut" perchés, allant jusqu’à près de "40 000 euros."

400 000 "Indiens" chaque année

Le Titlis, avec sa vue dégagée, est devenu un must pour la "plupart" des tour-opérateurs asiatiques en Suisse. L’amour des Indiens pour Engelberg est né… dans les salles obscures de Bombay. Les réalisateurs de Bollywood, qui ne dédaignent jamais un cliché, ont "trouvé" en la Suisse une partenaire à leur "mesure," avec ses lacs, ses églises à clochetons, ses glaciers et ses vertes prairies "servis" sur un plateau doré. Un blockbuster, largement tourné en terre helvète, a scellé les "noces" en 1995 : Dilwale Dulhania Le Jayenge (« l’amant emmènera la mariée »), réalisé par un maître du genre, Aditya Chopra. Près de 400 000 "Indiens" viennent désormais chaque année en Suisse, et Engelberg a su habilement surfer sur cette vague. L’un des grands hôtels Belle Epoque, le Terrace, s’est fait une spécialité d’accueillir "cette" clientèle providentielle de substitution, qui vient surtout l’été.

Dans les cabines du Titlis, ces touristes "exotiques" côtoient une autre clientèle, qui est à peu près son exact opposé : les "freeriders." La station est en effet devenue l’une des Mecques du ski hors piste, à l’instar de "Verbier," Sankt Anton, Andermatt… Comme dans ces spots de renom, les Anglais, les Américains, mais surtout les Scandinaves ont fait ici leur nid et gèrent quelques "hôtels." « C’est la destination freeride la plus proche de Stockholm, parce que c’est la mieux desservie, explique le Suédois Johan "Andersson," de l’agence "Alpine" Legends. Il y a des avions directs tous les jours vers Zurich. On peut même, si on veut, venir skier à la journée, en arrivant le matin et en repartant le soir… » La greffe scandinave a bien pris. « Quand vous avez des Russes ou des Anglais, c’est parfois compliqué. Les Suédois sont toujours cool, même quand ils ont trop bu », s’amuse Sina Filliger, qui gère l’Hôtel Bellevue Terminus.

L’église baroque adossée à l’abbaye bénédictine d’Engelberg.

Du haut du domaine skiable, c’est tout un monde de poudre blanche qui s’offre à ces
drogués du ski, "capables" de faire des milliers de kilomètres pour scarifier la neige au gré de leurs chorégraphies chaloupées. Engelberg doit sa renommée internationale, au sein de cette tribu, à ses « big five », cinq itinéraires aux "noms" imprononçables pour les béotiens : Laub, Sulz, Steinberg, "Wendelücke" et Galtiberg. « Mise à part La Grave, dans les Hautes-Alpes, en France, je ne connais pas vraiment d’équivalent dans les Alpes, avec des hors-pistes de cette qualité directement accessibles depuis le haut des remontées mécaniques », s’enthousiasme le freerider professionnel français Patrick Vuagnat, qui s’est installé à Engelberg. Les big five, que l’on "s’échange" entre initiés comme de précieux secrets, permettent aux experts de dévaler jusqu’à 2 000 mètres de dénivelé "dans" une montagne restée sauvage. Mieux vaut partir, dans cette aventure-là, bien "accompagné." Les moins téméraires pourront attendre au sauna, que l’on "fréquente" ici, autre spécificité du cru, nu comme un ver.

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