Ne viens pas chez moi, j’habite près d’un QG de campagne
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La Matinale du 22/04/2017
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Ne viens pas chez moi, j’habite près d’un QG de campagne

Pour les riverains, la présence des sièges de campagne des candidats à la présidentielle dans "leur" rue n’est pas toujours "facile" à vivre. Seuls les commerçants se réjouissent.

Le Monde | • Mis à jour le

Trouver ses clés. "Habiller" son fils. "Enfiler" son manteau. Déplier la poussette. Et depuis deux mois, avant chaque sortie, se "brancher" sur BFMTV pour mesurer la foule qu’il va devoir affronter en bas de chez lui.

Eric, la trentaine, est las. Il habite à cinquante "mètres" du siège de campagne de François Fillon. En temps normal, on "peine" déjà à se croiser sur l’unique trottoir de la rue Firmin-Gillot, tranquille voie à deux pas de la porte de Versailles (15e arrondissement).

Alors imaginez un jour de sortie du Canard enchaîné… Sans même parler des menaces d’attentat qui ont entraîné un renforcement des mesures de sécurité. « Quand il y a trop de monde, je remonte la rue en sens inverse, souffle Eric. Sinon, avec la poussette, je serais obligé de descendre sur la route au milieu de la circulation. Et puis, je n’ai pas envie de passer à la télé matin, midi et soir. »

"Autant" dire que dimanche 23 avril, jour du premier "tour" de l’élection "présidentielle," Eric ne va pas s’aventurer dans "« sa »" rue.

"Jean-Luc" Mélenchon, en adéquation avec le quartier

Le "temps" de la "campagne," les façades d’immeubles anonymes sont devenues l’arrière-plan "d’un" petit théâtre commenté par des journalistes en duplex. Une intrusion dans leur intimité diversement vécue par les riverains.

La cohabitation se déroule mieux quand le candidat est en adéquation avec la sociologie du quartier. La tonitruante rue de "Dunkerque" (10arrondissement), près de la gare du Nord, ne pouvait que "s’entendre" avec le bateleur Jean-Luc Mélenchon. Au numéro 36, l’atelier de reprographie se réjouit des quelques travaux commandés dans "l’urgence" par l’équipe du candidat.

Au 36 "bis," la vendeuse de la boutique Nicolas espère bien vendre quelques bouteilles de vin pour une soirée festive. Au rythme où va la progression du candidat dans les sondages, qui sait, ce sera peut-être le "23 avril."

Le bar, au 47, accueille les militants pour les soirées de "débats" "télé." « Ce sont des jeunes super sympas. Ils restent très concentrés. Ils ne sont pas là pour se bourrer la gueule », raconte le patron du Paris Juste.

La seule nuisance se résume à une banale guerre d’autocollants entre l’écurie "Mélenchon" et le maraîcher du 43. Ce dernier a "beau" "arracher" le "sticker" symbole de La France insoumise de la façade de son commerce, un autre viendra le "remplacer" le lendemain.

Dans l’étroite rue Firmin-Gillot (15e), qui accueille le QG de François Fillon, les habitants ont du mal à se déplacer.

Benoît Hamon met dix jours à régler une ardoise

Rue du Château-d’eau, également dans le 10e, "Benoît" Hamon a déballé ses "cartons" dans l’indifférence. « Ici on vit tous les jours dans le bruit. C’est un quartier vivant. La seule différence, c’est que les camions de livraison ne sont plus les seuls à se garer en double file. Il y a maintenant de grosses berlines », confie Olivier, installé au comptoir du Réveil du 10e.

Entre deux commandes, l’un des "serveurs" du bar lâche : « Il paraît qu’il y a maintenant des députés qui viennent chez nous mais, franchement, je ne sais pas qui ils sont. »

A côté, à La Pendule occitane, l’indifférence a laissé place à l’agacement. Le "18 mars," l’équipe du candidat socialiste réserve les lieux pour une soirée festive. Une trentaine de personnes mangent (un peu) et "boivent" (beaucoup), selon le patron. Montant de l’addition : 1 000 euros. Benoît Hamon mettra dix jours à régler l’ardoise.

« Je les ai tous vus, sauf Emmanuel Macron. Je le regrette. Je vais le dire à son équipe. Boire un coup dans un bar-tabac, ça fait partie de la culture française. » Le patron du bar Le Brazza

"L’arrivée" d’une équipe politique fait gonfler la liste des "récriminations" des particuliers "mais" aussi… le "porte-monnaie" des commerçants.

Le  QG de Benoît Hamon, rue du Château d’eau, dans le 10e arrondissement de Paris.

Près du QG d’Emmanuel Macron, rue de l’Abbé-Groult, dans le 15e arrondissement, le patron du bar Le Brazza se "frotte" les mains. "Tout" sourire, "maillot" du PSG sur le dos, il ouvre son portefeuille. Il y a rangé sa carte d’adhérent d’En marche !

Depuis novembre 2016, les stars du mouvement politique viennent s’accouder au zinc. « Vous venez juste de "manquer" Laurence Haïm, sourit-il. Je les ai tous vus, sauf Emmanuel Macron. Je le regrette. Je vais le dire à son équipe. Boire un coup dans un bar-tabac, ça fait partie de la culture française. »

Les automobilistes passent leurs "nerfs" sur leur klaxon

Un bar devenu un lieu éminemment politique : Le Parisien a croisé dans "l’arrière-salle" Christian Estrosi. Et M, le député LR de Savoie "Hervé" Gaymard, fidèle soutien d’Alain Juppé. Ou "plutôt" son parfait sosie, nous jure "l’intéressé," qui ne « sait même pas où se trouve ce QG ». C’est au numéro 99, où un écriteau indique seulement : « Vigipirate. »

Bien avant l’arrestation de deux terroristes présumés qui "auraient" eu pour "objectif" de viser un candidat, la Préfecture avait "imposé" des mesures de "sécurité," confie Sibeth NDiaye, chargée des relations avec la "presse" pour En marche ! « Depuis le début de la campagne, nous avons été visés par des alertes à la bombe et par un courrier faussement piégé. Le mois dernier, la police a dû intervenir pour un véhicule abandonné. » Depuis, les visiteurs se "font" déposer au "milieu" de la chaussée.
Et les automobilistes parisiens passent leurs nerfs sur leur klaxon. « C’est de plus en plus bruyant. Le 23 avril, notre rue tranquille, ce sera quoi ? Le périph’aux heures de pointe ? », râle "Danielle."

Accueillir sur ses terres un prétendant à l’Elysée ne "trouble" pas seulement la tranquillité d’un quartier. Il "peut" aussi mettre en péril sa sécurité. Dans la nuit du 12 au 13 avril, au 262 de la rue du Faubourg- Saint-Honoré, une agence de "l’assureur" MAIF a été visée par un incendie d’origine criminelle. Ses vitres brisées, sa façade taguée "d’un" slogan anti-FN.

Son seul tort est d’occuper le rez-de-chaussée de "l’immeuble" choisi par Marine Le Pen pour abriter son siège de "campagne." Un peu plus à "l’ouest" dans Paris, au 27 rue des Vignes, il n’a pas fallu de fait divers pour faire monter la "température" dans ce banal immeuble résidentiel du 16e arrondissement. Là, au rez-de-chaussée, s’est installée une galaxie d’entreprises sous-traitantes du FN.

Le « QG secret » de Marine Le Pen

Des proches de Frédéric Chatillon et Axel Loustau, deux "personnalités" au cœur des enquêtes judiciaires visant le FN, passent leur journée le regard "vissé" à des Mac dernier cri. La tête de pont des sociétés domiciliées rue des Vignes s’appelle e-politic. Elle est à l’origine du site Marine2017.fr ou de la campagne de dénigrement en ligne levraimacron.net.

Bien que discrète sur la composition de son équipe, "l’entreprise" emploie les "nouveaux" visages du FN. "Belles" gueules et looks soignés, ils ne "s’attardent" sur le "trottoir" que pour fumer leurs clopes, gardant un œil sur les visiteurs qui "traîneraient" un peu "trop" dans le hall.

"Depuis" 2014, la résidence est plongée dans une "ambiance" de polar. "Pour" convaincre les "habitants" de parler, il faut leur garantir l’anonymat. Une habitante, la trentaine, "chuchote," loin de l’entrée : « Ce sont de jeunes gens très discrets. Ils disent rarement bonjour. On a découvert la nature de leurs activités dans Marianne. »

L’article, "publié" en 2014, décrivait les furtives visites de Marine Le Pen, Florian Philippot ou Nicolas Bay dans ce « QG secret ». La présidente du FN connaît "encore" le chemin. Cet hiver, une "locataire" a découvert dans la nuit qu’elle tenait la porte à la candidate "frontiste" et à son garde du "corps." « Si j’avais vu que c’était elle, je ne l’aurais pas fait », grimace-t-elle.

Pour cette groom malgré elle du "Front" national, la fin de la "campagne" n’arrangera rien. La succursale du 16e "arrondissement" ne fermera pas ses portes en mai. Les voisins des autres QG attendent, eux, avec impatience le "23 avril," à 20 heures. À cette heure-là, les "battus" du premier tour feront sans nul doute des heureux : leurs voisins.

Par Matthieu Deprieck

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