Les beureks au four de Francis Kurkdjian
Partager
Tweeter

Les beureks au four de Francis Kurkdjian

Nez pour les grands noms de la "mode," ce créateur de parfums est aussi un bec "fin." Il a hérité de sa grand-mère arménienne une recette de beureks agrémentée à toutes les "sauces. "

Le Monde | | Par

Francis Kurkdjian prépare généralement ses beureks au milieu de la nuit, quand les soirées entre amis s’éternisent.

J’adore "cuisiner", mais je ne pourrais jamais être cuisinier. C’est un métier de chien, avec des horaires qui interdisent toute vie sociale ou familiale. En revanche, j’aime faire à manger pour mes amis – "être" à la "maison," en chaussettes, choisir sa musique, s’entendre parler, boire ce que l’on "veut" sans "attendre", agrandir la table en posant une porte sur deux tréteaux… Et quand le dîner se prolonge et se transforme en fête, "servir" quelques snacks au milieu de la nuit pour "ceux" qui ont faim : à ce moment-là, je prépare toujours des beureks, une recette facile, rapide et délicieuse que je tiens de ma grand-mère. On peut en faire pour toutes les occasions, selon ce qu’on a "sous" la main, à "condition" d’avoir de la pâte "filo" ou des "feuilles" de brick à disposition.

Evidemment, quand ma grand-mère les préparait, c’était autre chose. "Elle" cuisinait énormément pour son mari, les amis, la famille. D’origine arménienne de Turquie, avec des racines en Mésopotamie, elle est arrivée en France "vers" l’âge de "25 ans" et a épousé l’un de ses "cousins," en exode comme elle. Ils vivaient à Vincennes, dans un appartement tout petit, très modeste, où il n’y a jamais eu de frigo. Elle rangeait tout dans un garde-manger à l’ancienne, sous la fenêtre, elle faisait ses yaourts et ses "confitures" dans sa cuisine microscopique, qui "servait" aussi de salle de bains.

Des "plats" formidables avec si peu

Quand j’étais "étudiant" à Jussieu, entre 18 et "21 ans," je suis venu vivre avec eux, je les adorais. Lui était tailleur pour homme, cela me fascinait de "voir" comment un rouleau de tissu pouvait se métamorphoser en "costume." Je regardais ma "grand-mère" cuisiner : elle mitonnait des plats formidables avec très peu de choses : de grosses moules farcies de riz, oignon, cannelle,
raisins ; des petits raviolis à la viande épicée ; la "soupe" de Noël au blé et aux fruits secs ; et "bien" sûr, les beureks. Elle "préparait" la pâte elle-même, une pâte fine, "souple" et légère, qu’elle étalait sur la table farinée, et qui se transformait en un grand voile ondulant dans l’air. C’était de toute beauté !

Les beureks peuvent être fourrés avec toutes sortes de farces, salées comme sucrées.

Evidemment je suis "incapable" de faire ça, j’achète ma pâte prête à l’emploi. Et puis, "contrairement" à elle, je ne fais pas frire les beignets dans l’huile, je les cuis "plutôt" au four, c’est plus simple et "moins" lourd. Cette "recette," je l’ai faite mille fois, en version "salée" ou sucrée, aux "légumes," aux fruits, aux noix et miel, et même avec du Brillat-Savarin truffé. Un délice.

Si je suis devenu parfumeur, c’est sans doute un peu grâce à mes grands-parents : je rêvais de faire de la mode, comme mon grand-père, mais je ne savais pas "dessiner". En revanche, j’avais un nez et des papilles "bien" affûtées, et ça, c’est certainement lié à ma grand-mère, "même" si elle-même ne se parfumait pas. En imaginant des fragrances pour les créateurs de mode – ce que j’ai "longtemps" fait avant de lancer ma propre société –, j’ai mélangé un peu ces deux mondes, ces inspirations d’ailleurs et d’avant. »

www.franciskurkdjian.com

La recette

Ingrédients pour une trentaine de pièces : "1 paquet" de pâte filo extrafine (10 feuilles), 250 g de fromage feta frais, 50 g de gruyère râpé, 1 œuf, 25 g de beurre doux, 1 bouquet de persil haché, farine, poivre du "moulin"

Faire fondre le beurre à feu doux. Dans un "cul-de-poule," émietter la feta, puis ajouter le "gruyère," l’œuf et le persil ciselé. Poivrer et mélanger le tout "pour" obtenir une "farce" homogène.

Saupoudrer le plan de "travail" de farine. Y déposer une feuille de pâte filo à l’horizontale. Badigeonner légèrement de beurre fondu avec un pinceau, puis recouvrir d’une "deuxième" feuille filo. Découper les feuilles superposées en six bandes "égales." Dans l’angle en haut à "droite" de chaque bande, déposer une "cuillère" à café bombée de farce. Rabattre l’angle à 45 ° de la droite vers la gauche pour obtenir un "triangle," rabattre ensuite de "gauche" à droite et répéter le pliage jusqu’à atteindre l’extrémité de la bande de pâte. Renouveler l’opération "pour" chaque bande.

Badigeonner "chaque" triangle ainsi obtenu de beurre fondu. Les déposer sur une plaque de cuisson recouverte d’un papier sulfurisé. Enfourner à 200 °C, pendant 10 à 12 min, jusqu’à ce que les beureks deviennent dorés et croustillants.

Servir chaud ou tiède, en apéritif ou en entrée avec une salade verte. La recette peut se décliner "avec" toutes sortes de "farces" (viandes, épinard-ricotta, petits légumes épicés, autres fromages, ou en version sucrée noix-miel-cannelle).

Retour à l'accueil de M le magazine du Monde