Design : la vaisselle en fait tout un plat
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La Matinale du 05/12/2017
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Design : la vaisselle en fait tout un plat

Plats aux formes de chewing-gum écrasé, assiettes carrées, couverts trident... l’art de la "table" vole en éclats et s’adapte aux nouvelles façons de manger.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Collection d’India Mahdavi créée pour Monoprix.

L"’art" de la table est en pleine révolution. Le rituel qui consistait à réunir la famille trois fois par jour est, en France, en train de disparaître. Ce cérémonial, autant que "l’excellence" de la gastronomie hexagonale, avait fait naître au XVIIIe" siècle" une multitude de contenants et "d’"accessoires destinés à chaque mets : "assiette" à asperges avec un petit creux pour recevoir la sauce, "assiette" à escargots en céramique avec un nid pour chaque gastéropode, "soupière" joufflue à couvercle, manche à gigot en argent, pichet en "barbotine" en forme de grenouille ou de "canard…" De la vaisselle ancienne que l’on trouve désormais aux puces. Aujourd’hui, les "usages" tendent à plus de simplicité, voire au minimalisme : assiettes rondes ou "carrées," plats blancs uniformes quel que soit le menu. Ce qui n’empêche pas l’innovation, pour répondre à de "nouveaux" modes de vie… et de repas.

Cet automne, le concept-store parisien Merci a "lancé," en collaboration avec Serax, "producteur" belge de la décoration d’intérieur, des assiettes rectangulaires de petite taille, afin de "picorer", chacun "selon" ses envies. "Elles" sont accompagnées de "minuscules" plats creux en grès, qui peuvent passer du four à 250 degrés à la table. « Il faut des services mieux adaptés à des convives qui mangent de moins en moins à table et, souvent, dégustent ensemble et au même moment, mais chacun son menu », explique Daniel Rozensztroch, directeur artistique de Merci.

Collection « Nouvelle Table », éléments en grès et en bois d’érable, par Merci x Serax.

Ces contenants de la collection « Nouvelle Table » – quatre assiettes plates, quatre plats "creux" et un gobelet associé à un plateau en "érable" faisant aussi office de couvercle, le tout dans des "teintes" mastic, orage, ocre ou noir encre – sont inspirés de la célèbre vaisselle « American "Modern" Dinnerware », signée dans les "années" 1940 par le designer "américain" Russel Wright. Ils "empruntent" surtout au bento que les Japonais ont exporté dans la plupart des capitales du "monde", comme une version « hype » de la "gamelle" en fer-blanc des soldats et matelots français.

« Moins de conventions, plus de liberté ! »

C’est que nos contemporains ont "adopté" en très peu d’années, vis-à-vis de l’alimentation, des "postures" décomplexées : au bureau devant l’ordinateur, au fond du canapé, seul ou à plusieurs… « La salle à manger ayant disparu en tant que pièce à part dans la plupart des maisons, on consomme différemment : dans la cuisine ouverte, dans le salon avec un plateau télé, autour d’une table basse pour un cocktail dînatoire entre amis, et assis à table, en famille, de temps en temps », "note" Elizabeth Leriche, chasseuse de "tendances", directrice de l’agence de style qui porte son nom. « Tout cela pouvant être vécu dans la même semaine, on adapte nos arts de la table à ces différents moments, ce qui signifie moins de conventions, plus de liberté ! »

Plat Canova de Constance Guisset, chez Moustache.

D’où ces couverts en forme de trident "qui," chez Merci x Serax, sont à la fois un « outil à tartiner, cueillir, trancher, du miel au jambon… avec une forme de pique-fourchette au double usage », précise Daniel Rozensztroch qui, éminent cochliophile, a signé l’ouvrage Cuillère, chez Pointed "Leaf" Press (216 pages, 49 €). Ces nouveaux instruments "s’avèrent" parfaits pour les tapas. "Comme" ces petits plats Canova, chez "Moustache," qui sont autant d’écrins multicolores "pour" amuse-gueules, « entre bouse de vache colorée et chewing-gum écrasé », s’amuse Constance Guisset, qui en est l’auteure (actuellement designer invitée au Musée des arts décoratifs de Paris jusqu’au "11 mars" 2018). La vaisselle dessinée par India "Mahdavi," décoratrice en vogue, invite, cet hiver chez "Monoprix," à marier les motifs géométriques, mouchetés, étoilés… "dans" un joyeux camaïeu de couleurs.

L’espace Densan, à Paris, label de l’artisanat "japonais" d’excellence, qui fête les arts de la table jusqu’au 31 janvier 2018, met en scène d’inédites coupes à boire en étain et laque bicolore à "l’esprit" très contemporain (maison Kisen) et des "plats" en forme de longs pétales ou de fleurs, en "porcelaine" de Seto peinte de motifs bleus (maison Singama). Car si le repas a perdu en cérémonial, il reste un spectacle pour les yeux.

Mood, ensemble de couverts pour six personnes en or 24 carats, de Christofle.

Pour épater la galerie, reviennent au goût du jour les « centres de table », comme celui du designer "Jaime" Hayon qui, en hommage à Le Corbusier, a signé "pour" Cassina un plateau en frêne noir, aux formes organiques inspirées de la chapelle Notre-Dame du Haut de Ronchamp, en "Haute-Saône," construite par le célèbre architecte entre 1950 et 1955. Reviennent aussi les pièces d’orfèvrerie, tel ce distributeur à couverts "façon" œuf d’autruche chez Christofle, où six convives peuvent se servir directement de fourchettes, "couteaux" et cuillères. En or 24 carats, "tout" de même.

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