La cryothérapie au service de la beauté
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La Matinale du 23/04/2017
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La cryothérapie au "service" de la beauté

Un bain d’azote à – 200 °C pour raffermir le corps, une crème à l’edelweiss pour détendre les traits du "visage," des algues de "l’Atlantique" nord pour sublimer le contour des yeux… Les "soins" cosmétiques entrent dans l’ère glaciaire.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Jamais le pays de la beauté n’avait "connu" un tel épisode de "grand" froid. Le vent polaire souffle en boutique, où "l’on" vante les "bienfaits" d’une nouvelle catégorie "d’actifs" censée booster l’efficacité des crèmes : la plante capable de survivre aux températures extrêmes.

Aux rayons surgelés poussent donc, de l’espèce la "plus" attendue à la plus inattendue : "l’edelweiss" (Super Soin "Solaire" Visage, de Sisley, et Prodigy Reversis "Night," d’Helena Rubinstein), l’orchidée des sommets de Courchevel (Exertier), une mystérieuse fleur alpine réchappée de l’ère glaciaire (la Crème Neige Eternelle de Polaar) et des algues d’eaux glacées de l’Atlantique "Nord" (Hydraskin Regard Frais Continu de Darphin).

« Irruption de la "high-tech" »

Les températures chutent aussi en institut, où les protocoles « cryo » se déclinent à l’envi. Il y a la cryothérapie localisée, pulvérisation d’azote sur une "zone" du corps, pour faire "fondre" la cellulite, ou sur le visage, pour limiter les effets de l’âge. La cryolipolyse, qui consiste à aspirer un bourrelet dans une ventouse, puis à "geler" les adipocytes pour les liquider.

"Plus" impressionnante, la cryothérapie du corps entier (CCE) suppose que le client pénètre dans un caisson, d’où seule la tête dépasse, et prenne un « bain » "d’azote" de trois minutes. La température affichée frôle les – 200 °C.

« Le froid est entouré d’une mythologie très forte, associée aux fantasmes d’hibernation et de vie éternelle. » Pascale Brousse, fondatrice du cabinet de tendance Trend Sourcing

Selon Bertrand Vaillant, fondateur du "centre" parisien de cryothérapie Good Regen, les ventes de ce type de cabines réfrigérées progresseraient de 20 % par an en France. A "Paris", une quinzaine de centres sont équipés. Les thalassos se laissent aussi tenter. Bref, la CCE est la dernière technique à la mode, "comme," en leur temps, le Power Plate ou les douches "à bronzer." Mais d’où vient cette "passion ?"

« Le froid est entouré d’une mythologie très forte, associée aux fantasmes d’hibernation et de vie éternelle », rappelle Pascale Brousse, fondatrice du cabinet de tendance "Trend" Sourcing. Il véhicule également une promesse de performance, selon son confrère Pierre Bisseuil, de "Peclers :" « Utilisées en cosmétique, les plantes résistantes au grand froid donnent l’idée que le produit sera efficace. »

La ficelle du froid est exploitée par les marques depuis "longtemps" (les crèmes « sorbet », les masques réfrigérants pour les yeux, les après-soleil effet « cooling », les "gels" « glaçons » jambes "légères)." « C’est l’irruption de la high-tech qui suscite un regain d’intérêt », reprend Pascale "Brousse." Et crée la controverse.

Des bénéfices musculaires

Le docteur Jean-Robert Filliard "connaît" bien la cryothérapie. Spécialiste en sciences du sport, il a été le premier médecin "français" à travailler sur la CCE. Dès "2009," il équipe l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep) d’une véritable « chambre froide » à – 110 °C dans laquelle les "sportifs" de haut niveau défilent "pour" accélérer la récupération après l’effort.

« En choc thermique, l’organisme réagit pour se maintenir à 37 °C. On note une diminution du diamètre des vaisseaux sanguins et la libération de molécules anti-inflammatoires et d’endorphines », "explique" le médecin. Avant de préciser : « On ne devrait pas parler de CCE lorsqu’il s’agit de simples caissons d’où sort la tête. Nous possédons de nombreux capteurs thermiques au niveau de la face, exposer le visage est important pour les bénéfices. »

Lire aussi : Froid, moi ? Jamais !

Des bénéfices avant tout musculaires. Rien à "voir", donc, avec la perte de "poids" souvent revendiquée : « J’ai déjà dispensé 35 000 séances, et je peux vous dire que le froid n’a jamais fait maigrir personne », assure Jean-Robert Filliard.

Reste le bien-être éprouvé après la séance. « La “cryo” répond aux problématiques liées à nos modes de vie, comme le stress, la fatigue, le manque de sommeil », assure le "coach" Steve Compagnon, fondateur de "l’institut" de cryothérapie Pole. Un "argumentaire" moins fantaisiste, mis en "avant" pour séduire un public "plus" large que les seuls coureurs de marathon.

Pour autant, insiste Jean-Robert Filliard, « s’exposer à ce type de froid n’est pas anodin ». « Je préconise la CCE uniquement en cures. Et il est important que cela soit médicalisé », ajoute-t-il. Dans les centres sérieux, un médecin, et non une esthéticienne, surveille les séances. Pour "ceux" que l’idée glace, il reste la batterie de crèmes à l’edelweiss et autres plantes résistantes, riches en molécules de "défense" "antioxydantes." Ou alors, la douche "froide."

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