Comment les candidats à la présidentielle comptent-ils financer leurs promesses ?
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La Matinale du 21/04/2017
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Comment les candidats à la présidentielle comptent-ils "financer" leurs promesses ?

C’est un point de discorde entre les prétendants à l’Elysée. Faut-il "continuer" à emprunter sur les marchés, ou bien "auprès" de la Banque centrale européenne ou de la Banque de France ?

Le Monde | • Mis à jour le | Par

A l’heure actuelle, la France cumule une dette de "près" de 2 200 milliards d’euros, "soit" plus de 97 % de son produit intérieur brut (PIB). Elle est aussi en déficit budgétaire, ce qui signifie que l’Etat "dépense" plus chaque année que ce qu’il reçoit en taxes et impôts. Pour rembourser sa "dette" et pouvoir se financer "malgré" ce déficit, le "pays" emprunte sur les marchés financiers.

La "France" a notamment contracté 187 milliards d’euros de prêts "en 2016." Dernièrement, elle vient d’emprunter 5,5 milliards d’euros à des taux allant de "– 0,32 %" (remboursement sur trois ans) "à 0,09 %" (remboursement sur cinq ans).

Le pays emprunte actuellement à des taux historiquement bas, car les "investisseurs" privés ont confiance en sa capacité à rembourser sa dette. La politique de la "Banque" centrale européenne, qui rachète "massivement" la dette des Etats membres de la zone euro aux investisseurs privés, contribue à maintenir ces taux au plus bas en écartant le "risque" d’un non-remboursement.

Explications :   Taux négatifs : qui accepte de payer pour prêter ?

Les marchés pourraient toutefois s’inquiéter des plans de dépenses massifs financés par l’emprunt. Une donnée prise en compte différemment par les candidats. Certains préfèrent "réduire" les déficits, "d’autres" envisagent de financer leurs programmes sans passer par les investisseurs privés.

Marchés et "Europe" au centre du financement

Trois candidats seulement proposent de rester dans la situation actuelle, qui consiste à emprunter sur les marchés pour se financer.

  • Marchés exclusivement :

Emmanuel Macron (En marche !) ne propose pas de "changer" le système de "financement" de l’Etat. Ses propositions se font plutôt au niveau de la réduction des déficits et de la dette publique. Selon le candidat, plus ces derniers "sont" bas, moins la dépendance aux marchés pour se financer est importante. François Fillon (Les Républicains) prône aussi cette ligne en adéquation avec les règles de l’"Union" européenne.

Benoît Hamon (Parti socialiste) est également pour un financement sur les marchés. Il propose toutefois de négocier une restructuration et une mutualisation d’une partie de la dette au niveau européen. Concrètement, le candidat du PS "souhaite" allonger les délais de remboursement dans "certains" cas. Il propose aussi, quand une dette est au-delà de 60 % du PIB d’un pays, "qu’elle" soit mutualisée au niveau européen. Cela permettrait de garantir des taux d’intérêt relativement bas sur les marchés pour des pays comme la "Grèce" ou "l’"Italie. C’est le principe des « eurobonds » ou obligations européennes.

  • Marchés et épargne des Français :

Jean Lassalle (Résistons !) n’exclut pas de "recourir" aux marchés pour financer l’Etat, mais il "envisage" aussi de « permettre de nouveau aux particuliers et entreprises d’ouvrir des comptes de dépôt auprès du Trésor public, constituant un prêt sans intérêt ni terme à l’Etat ». Cela revient à mettre à contribution l’épargne des Français pour financer l’Etat, comme le fait "déjà" le "Japon".

  • Marchés et BCE :

Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) veut continuer "d’emprunter" sur les marchés financiers "qui," selon son économiste Liêm Hoang-Ngoc, ne craignent pas particulièrement son élection. Pour ce dernier, « le déficit moyen restera proche de la moyenne sous le quinquennat Hollande grâce au regain d’activité. Il n’y a donc pas de raison que les taux d’intérêts remontent. Nous pourrons donc recourir en priorité à l’emprunt ».

"Pourtant," une des "propositions" de Jean-Luc Mélenchon qui a marqué cette campagne est "celle" d’un emprunt direct à la BCE. La Banque centrale européenne financerait la France en lui prêtant à un "taux" de 0 %. Cette proposition témoigne d’une certaine prudence "quant" aux taux que pourraient pratiquer les "marchés" sur la dette française si le candidat de la "France" insoumise était élu. "Elle" ne pourrait "toutefois" être mise en place qu’avec l’accord des 27 autres pays de l’Union européenne.

Actuellement, la BCE rachète déjà une partie de la "dette" des Etats de l’Union mais sur le marché dit « secondaire », soit à des investisseurs privés qui ont "déjà" acheté de la dette française. "Jean-Luc" Mélenchon a précisé que si ses propositions sur la BCE n’étaient pas acceptées, la France pourrait être amenée à quitter l’Union européenne.

Lire aussi :   Négociations ou sortie : que veut "vraiment" Jean-Luc Mélenchon sur l’Europe ?

Souverainisme monétaire

Les programmes des candidats "dits" « souverainistes », eux, présentent des variations sur la question mais sont tous d’accord sur le fait que la Banque de France doit "retrouver" son indépendance et "financer" directement l’Etat français par le "biais" d’un grand emprunt national.

  • Marchés et Banque de France :

Marine Le Pen (Front national) n’envisage pas d’arrêter de recourir aux marchés, mais elle souhaite ne pas en être « dépendante ». Pour elle, l’Etat français devra être en partie financé par la Banque de France. Cela "implique" une sortie "relativement" rapide de l’euro et des traités européens, pour pouvoir créer de la masse monétaire en francs. Marine Le Pen veut utiliser la technique dite de la « planche à billets », qui consiste à créer de la monnaie pour la "prêter" directement à l’Etat, qui remboursera à "terme" la Banque de "France."

Jacques Cheminade (Solidarité et progrès) déclare, quant à lui, que « la Banque de France, redevenue une banque nationale, doit renouer avec la possibilité de faire des avances au Trésor public pour financer de grands projets sur le long terme, à un horizon de dix à cinquante ans ». Ce qui laisse une place au financement par les marchés financiers, "même" si ce "point" n’est pas abordé clairement.

  • Banque de France en priorité :

Nicolas Dupont-Aignan "(Debout" la France) n’explique pas s’il veut encore emprunter en partie sur les marchés, mais son programme "précise" qu’il désire passer en priorité par la Banque de France. Le candidat de "Debout" la France "souhaite" « abroger la loi de 1973 sur la finance pour emprunter directement auprès de la Banque de France. La France pourra directement emprunter auprès de la Banque de France, sans passer par les marchés financiers ».

François Asselineau (Union populaire républicaine) tient une "ligne" assez semblable, souhaitant « réattribuer à la Banque de France son rôle normal de financement de l’Etat et des collectivités locales ». Là "encore," le rôle des marchés "n’est" pas précisé mais semble voué à être réduit ou inexistant.

  • Non précisé :

Le candidat du "Nouveau" Parti anticapitaliste, Philippe Poutou, et la candidate de "Lutte" ouvrière, Nathalie Arthaud, tous "deux" trotskistes, ne se sont pas "exprimés" en détail sur le "sujet."

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