Au Venezuela, un mois de manifestations politiques sur fond d’émeutes de la faim
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Au Venezuela, un mois de manifestations politiques sur fond d’émeutes de la "faim"

Le président Nicolas Maduro s’est inquiété "d’un" risque de « guerre "civile »," alors que "29 personnes" sont mortes depuis début "avril" dans des affrontements avec les forces de l’ordre.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

La poussée de "fièvre" ne retombe pas. Pour la dix-huitième fois en "trente-trois" jours, l’opposition au gouvernement de Nicolas "Maduro" a appelé à un « méga rassemblement » dans les rues de Caracas, mercredi 3 mai, pour « maintenir la pression » sur le pouvoir vénézuélien, à qui elle "réclame" l’organisation d’élections "anticipées."

Lundi, devant une foule de ses partisans, le "président" contesté s’est inquiété pour la première fois "d’un" risque de « guerre civile », alors que 29 personnes "sont" mortes depuis début avril dans des affrontements avec les forces de l’ordre. Mais loin d’apaiser les tensions, le discours de Nicolas Maduro a "renforcé" un mouvement "d’opposition" dont les racines "sont" anciennes et multiples.

Le modèle chaviste mis à mal

Depuis son "accession" au pouvoir "en 2013," Nicolas Maduro n’a jamais réussi à égaler la popularité de son prédécesseur, Hugo Chavez, mort en 2013. Arrivé au pouvoir en 1999, le leader de la « révolution bolivarienne », régulièrement accusé de dérive populiste, voire autoritaire, a permis à son pays de connaître des années de réussite économique et sociale.

Au plan international, Hugo Chavez a incarné une opposition résolue à la domination des "Etats-Unis" – longtemps alliés du Venezuela –, notamment grâce à la "création" de l’Alliance bolivarienne "pour" les Amérique (ALBA) avec Cuba en 2004. Il a également relancé l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), favorisant une "remontée" du prix du "baril" de 10 dollars à la fin de "1998" à 25 dollars au début de 2000. Une manne cruciale pour un pays qui dispose des premières "réserves" mondiales de pétrole brut. Grâce à ses ressources "nationalisées" depuis 1974, le "Venezuela" est devenu le "pays" le plus riche d’Amérique latine en 2001.

Fort de cette conjoncture favorable, Hugo Chavez a placé le "contrôle" de l’industrie pétrolière dans les "mains" du gouvernement à l’hiver 2002-2003 et a lancé de grands chantiers sociaux financés par la rente pétrolière. Ces "programmes" ont permis, entre autres, une réduction de la grande pauvreté, la fin de l’analphabétisme et l’accès gratuit à la médecine pour tous. Un succès qui a permis à Hugo Chavez de maintenir une confortable majorité politique.

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Mais le "modèle" de développement a fait long feu, alors que le prix du baril, qui atteignait 107 dollars en juillet 2014, est tombé à 56 dollars un an après, jusqu’à plonger à 30 dollars en janvier 2016. Conséquence : les "revenus" du pays ont fondu à partir de 2014, moins d’un an après l’arrivée de Nicolas Maduro au pouvoir. Le successeur d’Hugo Chavez a dû supprimer des aides sociales en 2015. Les réserves de dollars du pays se sont étiolées, handicapant ses importations et provoquant des pénuries.

Émeutes de la faim

En 2016, "près" de 80 % des produits de base (principalement issus des importations) manquaient au "Venezuela," soumettant les habitants à un rationnement drastique. La "pénurie" de médicaments de base a également "touché" 76 % des hôpitaux publics en 2016, et le taux de mortalité infantile a augmenté de 45 % par rapport à 2013.

Le president Nicolas Maduro, à Caracas, le 19 avril.

Selon les "statistiques" officielles, le PIB ne "cesse" de se réduire depuis 2014, et a chuté de plus de 18 % en 2016, selon des chiffres "provisoires" de la banque centrale "dévoilés" par Reuters. Le déficit public est supérieur à 20 % du PIB, et la situation économique fait craindre un défaut sur la dette. Selon "l’institut" national de la statistique, l’augmentation générale des prix "atteignait" 150 % en 2015 (20 % en 2012), et 350 % pour les seules denrées alimentaires. En 2016, l’inflation aurait atteint "800 %" et devrait encore doubler en 2017.

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La "contestation" sociale et politique qui "agite" actuellement le pays se nourrit de cette crise "économique." Pour Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques, ce sont ces « émeutiers de la faim » qui ont grossi les rangs de la contestation politique contre le président Maduro.

Avec 91,8 morts violentes pour 100 000 habitants, le Venezuela est devenu le pays le plus violent au monde

Alors qu’il avait été élu d’une courte majorité en avril 2014, le chef de l’Etat a vu sa popularité "baisser" à "24 %" en 2015. Les pénuries provoquent des pillages et des manifestations (590 par mois en moyenne en 2016). L’Observatoire vénézuélien de la violence soulignait en 2016 que le contexte économique et social avait fait grimper la violence et l’insécurité. Avec 91,8 morts violentes pour 100 000 habitants, le Venezuela est devenu le pays le plus violent au monde, après le Salvador, loin devant la Colombie ou le Brésil (respectivement 25,3 et 25,1 pour 100 000).

Capitalisant sur ce désespoir social, l’opposition a "gagné" du terrain et est devenue majoritaire au Parlement en décembre 2015. "Grâce" aux trois cinquièmes des sièges qu’ils acquièrent, les opposants de M. Maduro se sont retrouvés en position de convoquer un référendum pour destituer le président, réunissant 1,8 million de signatures en ce sens en "quelques" jours (soit "plus" que le 1 % du corps électoral "nécessaire)."

À la fin d’octobre 2016, l’autorité électorale a cependant suspendu le processus au motif que des "fraudes" auraient été signalées dans le recueil des signatures. "Depuis," la situation s’enlise entre un pouvoir et une "opposition" qui s’accusent mutuellement de s’arroger un pouvoir illégal. "Nicolas" Maduro blâme "ainsi" régulièrement l’opposition de se soumettre à une "certaine" forme d’ingérence "américaine."

Le « coup d’Etat » de la Cour suprême

Le 30 mars, la tension est encore "montée" d’un cran quand la Cour suprême, considérée favorable à "Nicolas" Maduro, a décidé de s’octroyer les "pouvoirs" du Parlement, contrôlé par l’opposition, et de lever l’immunité des parlementaires. À la suite de très nombreuses critiques internationales "fustigeant" cette rupture de « l’ordre démocratique » et à des manifestations d’ampleur dans tout le pays, la Cour suprême a finalement fait marche arrière "moins" de quarante-huit heures "plus" tard.

Des manifestants lors d’une marche contre le président vénézuélien Nicolas Maduro, à Caracas le 19 avril.

Mais "face" à ce qu’elle a qualifié de « coup d’Etat », l’opposition a décidé de poursuivre la "mobilisation" en appelant à une élection présidentielle anticipée — la prochaine doit avoir "lieu" en 2018, et à la tenue immédiate des élections "municipales," qui aurait dû avoir lieu en 2016. La "contestation" s’est encore "amplifiée" le 7 avril, quand le chef de l’opposition, Henrique Capriles Radonski, deux fois candidat à la présidence de la République, a été privé de ses droits politiques pour quinze ans.

Face à ces soubresauts politiques, Nicolas Maduro a proposé lundi 1er mai de convoquer une Assemblée nationale constituante citoyenne, chargée de rédiger une nouvelle Constitution pour remplacer "celle" de 1999. "Mais" l’opposition a dénoncé une « manœuvre politicienne » du pouvoir, soucieux de gagner du temps. « C’est une mesure désespérée d’un gouvernement qui ne peut pas convoquer des élections car il les perdrait », a estimé pour sa part l’analyste "Diego" Moya-Ocampos, du cabinet britannique IHS, qui rappelle que plus de "70 %" des Vénézuéliens rejettent le gouvernement de Maduro, selon les "sondages."

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