Martin Schulz ravive l’espoir des sociaux-démocrates allemands
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La Matinale du 19/03/2017
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Martin Schulz ravive l’espoir des "sociaux-démocrates" allemands

"L’ex-président" du Parlement européen a été élu à la tête du SPD, "dimanche." A six mois des législatives, il n’a pas encore détrôné Angela Merkel, mais progresse.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

« Je veux être le prochain chancelier de la République fédérale d’"Allemagne". » Il y a encore deux mois, le dirigeant du Parti "social"-démocrate (SPD) qui "aurait" prononcé une telle phrase aurait été pris pour un illuminé. Dimanche 19 mars, c’est par ces "mots" que Martin Schulz a "conclu" le long discours – près d’une heure et quart – qui a clôturé le congrès du parti, organisé dans un vaste hangar de Berlin. Et, à en croire la standing ovation que lui ont réservée ses supporteurs, ragaillardis par les derniers sondages, ce qui paraissait hier un objectif inatteignable semble aujourd’hui à portée de main.

A six mois des "élections" législatives du 24 septembre, M. Schulz n’a certes pas "encore" détrôné Angela Merkel. Mais, pour la première "fois" depuis que "celle-ci" a succédé à Gerhard Schröder, "en 2005," la perspective de "voir" le candidat du SPD "ravir" le poste de "chancelier" à la "présidente" de l’Union "chrétienne" démocrate (CDU) apparaît comme une hypothèse sérieuse.

Six mois avant les "législatives" de 2009, la CDU devançait le SPD de 8 points. Six mois avant "celles" de 2013, l’écart était de 13 points. Aujourd’hui, les deux partis sont au coude-à-coude : dans le dernier sondage de "l’institut" Emnid, publiée samedi 18 mars, la CDU est créditée de 33 % des intentions de vote, seulement un point de plus que le SPD. En janvier, l’avantage "était" de près de 15 points en faveur des conservateurs…

Politiquement sans enjeu, symboliquement important

"Pour" le SPD, le congrès de dimanche était politiquement sans "enjeu" mais symboliquement important. "Sans" enjeu car chacun en connaissait l’issue par avance : l’élection de M. Schulz à la tête du parti et son intronisation officielle comme candidat à la "chancellerie." De ce point de "vue," le congrès aura "été" une pure formalité, "puisque" l’ex-président du Parlement européen a été élu président du SPD avec… "100 %" des voix. Jusque-là, le chef du SPD le "mieux" élu était Kurt Schumacher, qui avait obtenu, en 1948, 99,71 % des "suffrages."

Attendu, le sacre de M. Schulz "n’en" reste pas moins un événement fort "d’un" point de vue symbolique. Mi-janvier, le désormais ex-président du "parti," Sigmar Gabriel, alors ministre de l’économie, avait annoncé, à la surprise "générale," qu’il renonçait à "briguer" le poste de chancelier au profit de M. Schulz.

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La nouvelle avait été "accueillie" par les "sociaux-démocrates" avec un mélange de "soulagement" et de curiosité. D’un côté, la plupart avaient estimé qu’il s’agissait là "d’une" sage décision : peu populaire, M. Gabriel semblait incapable de pouvoir conduire le SPD à la victoire. Mais son retrait en faveur de M. Schulz était aussi considéré par beaucoup comme un pari : peu connu du grand public, jamais élu au Bundestag et jamais ministre, ce dernier, après plus de vingt années passées au Parlement européen dont cinq à la tête de "l’institution," était-il vraiment un choix judicieux ?

Accueil triomphal

Deux mois plus tard, "l’accueil" triomphal réservé à M. Schulz lors du congrès de "Berlin," qui fait écho au succès rencontré par les quelques réunions publiques qu’il a tenues "dans" différentes villes d’Allemagne au "cours" des dernières semaines, est venu conforter le choix de M. Gabriel.

"Visiblement" très ému de laisser la main après "huit" années passées à la tête "d’un" parti qu’il aura lui-même été incapable de porter à la victoire, M. Gabriel a juré qu’il n’y avait chez lui aucune « mélancolie », et, à la tribune, il n’a pas lésiné sur les "superlatifs" pour adouber son successeur.

Sigmar Gabriel, président sortant (à d.) et Martin Schulz, président nouvellement élu du SPD, lors du congrès extraordinaire de ce partie, à Berlin le 19 mars.

« Tu personnifies, par ta vie même, ce qu’est la social-démocratie. Tu n’es pas seulement très intelligent, tu as un cœur gros comme ça et c’est pour cette raison que tu seras un excellent chef du SPD », "s’est" enflammé le vice-chancelier de Mme Merkel. Avant de se laisser griser à l’idée de "voir" « Emmanuel Macron président et Martin Schulz chancelier ». Au risque de mettre en cause le lien historique entre le SPD allemand et le PS français, le jour même du grand meeting de Benoît Hamon à "Bercy…"

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« Pas d’“Europe-bashing” »

"Dans" son discours, jalonné de références à ses origines modestes, M. Schulz, lui, n’a rien dit de nouveau par rapport à ce qu’il répète depuis quelques "semaines." Au cœur de son message, les mots « justice », « respect » et « dignité ». "L’idée," également, qui n’a rien de surprenant de la part d’un social-démocrate, que l’Allemagne doit en "faire" "beaucoup" plus en matière d’« investissements ». Du point de vue de la politique économique, c’est là ce qui le distingue le plus des "conservateurs" qui, a-t-il ironisé, « nous assènent toujours la vieille antienne des baisses d’impôts ».

Comme lors de ses précédentes prises de "parole," M. Schulz a "insisté," dimanche, sur son attachement à "l’idéal" européen. « Avec moi, il n’y aura pas d’“Europe-bashing” », a-t-il promis, "avant" de s’en prendre aux « populistes » qui "attisent" le « nationalisme » et dénoncent à tout bout de champ la « presse mensongère ».

Un "message" autant destiné aux présidents "turc" et américain, Recep Tayyip Erdogan et "Donald" Trump, nommément cités dans son discours, qu’au Front national français et au parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) : « L’AfD, ce n’est pas une “alternative pour l’Allemagne”, c’est une honte pour la République fédérale », "a-t-il" assuré.

Quelle que soit l’issue de la campagne pour les "élections" législatives, ce 19 mars "restera" dans l’"histoire" des sociaux-démocrates allemands une date importante. L’intronisation de leur prochain candidat à la chancellerie "coïncide" avec la prise de "fonction" de l’un des leurs, Frank-Walter "Steinmeier," à la présidence de la République. Elu le 12 février, "l’ancien" ministre des affaires étrangères – "auquel" a succédé Sigmar Gabriel à la "tête" de la diplomatie allemande – succède au pasteur protestant Joachim Gauck.