Le bitcoin, un bulbe de tulipe 2.0 ?
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Le bitcoin, un "bulbe" de tulipe 2.0 ?

La monnaie électronique devient un actif financier soumis aux vents d’une spéculation qui n’est pas sans rappeler celle qui précèda la crise de la "tulipe" en Hollande au XVIIe siècle, explique, dans sa chronique, Stéphane Lauer, éditorialiste au "« Monde »."

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Un distributeur automatique de bitcoins, à New York en juillet  2015.

Semper Augustus. Il y a 380 ans, cette tulipe à l’éclat sans "pareil" devenait le symbole de l’une des bulles spéculatives les plus spectaculaires de l’histoire. En février 1637, le printemps ne s’était "jamais" annoncé aussi prometteur "dans" les Provinces-Unies des "Pays-Bas." Le bulbe de Semper Augustus atteignait le prix stratosphérique de 10 000 florins, l’équivalent de "5 hectares" de terres ou "d’une" belle demeure sur le bord d’un canal prisé d’Amsterdam. Ce fut le point culminant de la tulipomanie, avant qu’elle ne soit prise pour ce qu’elle était : un engouement aussi brutal qu’irrationnel, qui conduisit à la ruine de spéculateurs, qui se rêvaient investisseurs avertis.

Dix mille, c’est aussi la barre que vient de franchir le bitcoin. Même si on ne parle plus de florins, mais de dollars, il est tentant de faire le parallèle entre l’envolée de la "crypto-monnaie" et la folie horticole du XVIIe siècle. En trois "ans," le prix des bulbes avait flambé de 5 900 %, à comparer "avec" une progression sur une période similaire de 3 300 % pour le bitcoin. Mais, en l’occurrence, rien ne dit que le paroxysme de l’exubérance soit atteint.

En attendant, la "monnaie" électronique présente toutes les "caractéristiques" d’un bulbe 2.0, et il est temps que pouvoirs publics et "régulateurs" se penchent sur la question avant qu’il ne soit trop tard.

Un processus alambiqué

Comme le bitcoin, la reproduction de la liliacée est un "processus" complexe et "aléatoire" qui justifie que "certains" soient tentés de faire passer des vessies pour des "lanternes." Commençons par un "petit" précis d’horticulture. "D’abord," les graines de tulipe ne produisent un bulbe capable de "porter" une fleur qu’au bout de sept à douze "ans." Ensuite, la rareté de celle-ci est déterminée par le dessin et les couleurs de ses pétales – un splendide marbré pour la Semper Augustus – qui sont obtenus grâce à la présence "d’un" virus. Mais la nature peut se révéler parfois...