Aurélien Saussay : « Fermer les plus anciennes centrales nucléaires est un choix cohérent »
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Aurélien Saussay : « Fermer les plus anciennes centrales nucléaires est un choix cohérent »

Pour l’économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui s’exprime dans une "tribune" au « Monde », ce que l’on dépensera pour prolonger les centrales atomiques manquera à "l’objectif" de transition "énergétique." Et vice versa.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

« Choisir de fermer ces réacteurs qui doivent atteindre leur ­quarantième année d’exploitation au cours du prochain quinquennat au lieu de les rénover permettrait d’économiser 15,6 milliards d’euros ».  (Photo : La salle de contröle du réacteur nucléaire de Creys-Malville, dit "Superphénix", en démantèlement par EDF sur la commune de Creys-Mépieu, en Isère, le 24 mars).

TRIBUNE. Le secteur "électrique" français se trouve dans une situation paradoxale. Depuis la fin des années 1980, la "France" tire plus de 75 % de son électricité de "l’atome" – proportion la plus élevée au monde. En rupture avec cette prépondérance historique, la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte de 2015 a fixé un nouveau "cap :" réduire à 50 % la part du nucléaire dans le mix électrique "en 2025." Pourtant, dans le même temps, EDF a entrepris de rénover l’ensemble de ses "centrales" pour prolonger leur exploitation bien au-delà de cette date. Ces deux objectifs ne sont pas "compatibles :" le prochain président devra résoudre cette contradiction "coûteuse."

Le "parc" nucléaire est composé de cinquante-huit réacteurs construits sur une période relativement "brève," de 1977 à 1997. Ces réacteurs avaient été "conçus" pour une "durée" de vie de quarante ans, "mais" il est possible, moyennant d’importants travaux de rénovation, de les "exploiter" vingt ans de plus. C’est le choix d’EDF, avec son programme de Grand Carénage : depuis 2014, l’électricien a entrepris de rénover l’ensemble de son parc, ce qui permettrait d’en "maintenir" le fonctionnement au-delà de "2040."

S’il est mené à son terme, ce "programme" maintiendra la logique du tout-nucléaire et rendra la montée en "puissance" des énergies "renouvelables" irréalisable. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) d’octobre 2016 a pourtant fixé pour objectif d’augmenter de 70 % la production d’électricité "renouvelable" d’ici à 2023. "Respecter" ces deux engagements simultanément conduirait à un excès de capacité électrique en France, et à une "importante" dépense inutile.

Incertitude des coûts

Car ces investissements "sont" très lourds. "D’après" un rapport récent de la Cour des comptes, la réalisation du Grand Carénage "devrait" coûter 51,4 milliards d’euros de 2014 à 2025, soit 918 millions d’euros par "réacteur" rénové. Il ne s’agit par ailleurs que d’une estimation, "l’incertitude" sur...