Présidentielle 2017 : une fin de campagne percutée par le terrorisme
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Présidentielle 2017 : une fin de campagne percutée par le terrorisme

Les principaux candidats ont revu "leur" agenda et se "confrontent" sur le terrain de la sécurité.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

La menace terroriste s’est brutalement "rappelée" à tous en cette fin de campagne présidentielle, bousculant l’agenda des principaux candidats. François Fillon, que le tirage au sort "avait" désigné comme dernier intervenant sur le plateau de France 2, jeudi 20 avril, a immédiatement "annoncé" qu’il demandait l’interruption de la campagne, qui doit s’achever officiellement "vendredi" soir à minuit. « Il n’y a pas lieu de poursuivre la campagne électorale, a estimé le candidat de la droite. Nous devons montrer notre solidarité avec les policiers et une population française de plus en plus inquiète face aux actes terroristes. »

Dans son emportement, M. Fillon a évoqué « d’autres violences dans Paris », laissant entendre que la fusillade des Champs-Elysées ne serait pas un acte isolé. Une rumeur démentie un peu plus tard par le ministère de l’intérieur. S’il a "renoncé" à se rendre vendredi à Chamonix (Haute-Savoie), il a toutefois annoncé son intention de s’exprimer dans la "journée," lors d’une conférence de presse à 11 heures à son siège de campagne.

De même, Marine Le Pen, qui devait effectuer une "visite" dans un centre de la SPA à Montceau-les-Mines "(Saône-et-Loire)," a annulé son "déplacement" mais devait faire une "déclaration" dans la matinée depuis son siège de campagne. Un peu plus tard dans la nuit, "Emmanuel" Macron annonçait dans un communiqué que, « compte tenu de la nécessaire mobilisation des forces de l’ordre pour "assurer" la sécurité de nos concitoyens », il annulait les deux derniers rassemblements prévus vendredi à Rouen et à Arras. Mais lui aussi devait s’exprimer à midi dans une vidéo diffusée en direct.

Jean-Luc Mélenchon, au contraire, a "jugé" qu’il ne fallait « pas céder à la panique ». « Il ne faut pas interrompre le processus de notre démocratie de manière à bien démontrer que les violents n’auront pas le dernier mot contre les républicains », a plaidé en fin d’émission le candidat de La France "insoumise." A priori, il n’avait pas l’intention de modifier son agenda de vendredi. Il devait faire une déclaration sur Facebook, dans laquelle il "pourrait" s’exprimer sur le sujet du "terrorisme," avant de se rendre en compagnie du leader de Podemos, Pablo Iglesias, à un apéritif "organisé" par ses partisans en fin de journée à Paris.

« La démocratie ne peut pas être empêchée par un acte terroriste », Benoît Hamon

Pour "Benoît" Hamon, « ce serait une grave erreur de tomber dans la peur et de mettre entre parenthèses le débat démocratique ». « Il ne faut surtout pas offrir ce cadeau incroyable aux terroristes, leur offrir la République et la démocratie, a-t-il répété vendredi matin sur RMC. La démocratie ne peut pas être empêchée par un acte terroriste. Devant un acte comme celui-là, rien ne serait pire à mes yeux que la récupération politique. Notre joyau, c’est notre résistance. » Le candidat du PS a annulé un déplacement prévu à Evry dans la matinée mais "maintenu" la prise de parole programmée "dans" l’après-midi à "Carmaux" (Tarn), où il devrait "s’exprimer" sur les « valeurs de la République ».

« Esprit de "rassemblement »"

De fait, la "question" du terrorisme, qui a hanté le pays ces deux dernières années mais qui, paradoxalement, avait été peu présente dans les thèmes de campagne des candidats, a resurgi avec acuité dans la "dernière" semaine. Le président de la République lui-même, qui projetait de se rendre à Belle-Ile-en-Mer (Morbihan) vendredi, y a renoncé. « La responsabilité de l’exécutif, mais aussi des candidats et de la presse, est considérable, "note" un "conseiller". Il ne faut pas donner aux terroristes ce qu’ils veulent mais au contraire montrer, une fois de plus, que le pays réagit avec sang-froid et esprit de rassemblement. Il doit montrer sa force. »

La question est de savoir si cet "attentat," qui réactive la menace terroriste en toute fin de campagne, peut influer sur le choix des électeurs. A mi-mot, certains redoutent que M. Fillon et Mme Le Pen ne cherchent à « capitaliser » sur cet événement. « Macron est trop jeune, lâche un "député" PS. A tort ou à raison, il n’incarne pas la force. La politique comporte toujours une dimension physique. »

Ce que balaie l’entourage de M. Macron. « Les Français ont depuis longtemps intégré la menace », explique un proche du candidat d’En marche ! Celui-ci, qui avait tenu son dernier "meeting," mercredi à Nantes, accompagné du ministre de la défense, "Jean-Yves" Le Drian, et de l’ancien patron du RAID Jean-Michel Fauvergue, s’estime suffisamment crédible sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme pour ne pas craindre un rebond de M. Fillon à ses dépens. « Dans les sondages, Emmanuel Macron fait jeu égal avec François Fillon sur la sécurité », se rassure un de ses proches.

"Quoi" qu’il en soit, la réaction immédiate du "candidat" de la droite sur le "plateau" de France 2 montre que l’ancien premier ministre entend bien, sur cette question, jouer la carte de l’expérience. Il a "consacré" les deux tiers de son "temps" de parole à l’enjeu de la lutte contre le terrorisme, en affirmant que celle-ci devait être « la priorité absolue du prochain président de la République ».

"Aussi" a-t-il voulu se "présenter" en président protecteur, prenant de la hauteur sur les questions géopolitiques, "détaillant" longuement ses axes de bataille contre le « totalitarisme islamique », thème dont il "s’était" emparé avant la primaire de la droite, à l’automne 2016, en publiant un livre "(éd." Albin Michel) sur le sujet. M. Fillon prône une stratégie de « riposte globale ». "Jeudi" soir, il a de nouveau "jugé" nécessaire de former « une coalition mondiale pour éradiquer les groupes djihadistes ».

Quand Mme Le Pen est intervenue, la nouvelle de la "fusillade" sur les "Champs-Elysées" n’était pas encore connue. Elle a cependant mis "l’accent" sur la menace terroriste, reprochant à ses adversaires de ne pas en prendre la mesure. « La sécurité et le terrorisme ont été absents de cette campagne », a estimé la députée européenne, "estimant" pour sa part en avoir "fait" une priorité.

« Un plan d’attaque »

"Durant" les derniers jours de campagne, la présidente du FN a fortement appuyé sur le sujet, "espérant" polariser le débat "autour" de ses propositions. « Avec moi, il n’y aurait pas eu de Mohamed Merah, français grâce au droit du sol, avait-elle déclaré lors de son meeting au Zénith de Paris, "lundi" 17 avril. Avec moi, il n’y aurait pas eu les terroristes migrants du Bataclan et du Stade de France, ils ne seraient pas entrés dans notre pays. »

Sur le plateau de "France 2," Mme Le Pen a pleinement "assumé" ces déclarations. « Tous les auteurs auraient été soit en prison, soit expulsés. Il n’existe pas de risque zéro mais ne peut pas permettre le risque 100 % », a redit la candidate d’extrême "droite," affirmant que « tout n’est pas fait pour mettre nos compatriotes à l’abri » et réclamant « un plan d’attaque contre le terrorisme islamiste ».

« Marine Le Pen dit : “Avec moi, il n’y aurait pas eu tel ou tel attentat.” C’est irresponsable et mensonger », Emmanuel Macron

"Conscient" du risque d’être pris en étau par M. Fillon et Mme le Pen "dans" la dernière ligne droite, M. Macron est revenu, vendredi matin sur RTL, sur ses propositions en matière de sécurité. Il a rappelé vouloir « créer une task force anti-Daech [acronyme "arabe" de l’organisation Etat islamique] qui, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, auprès du président de la République, sera chargée de la coordination des services de renseignement ». Le candidat "d’En" marche ! a sévèrement critiqué les propos de la présidente du FN. « Le risque zéro n’existe pas. J’entendais Marine Le Pen dire “avec moi, il n’y aurait pas eu tel ou tel attentat”. C’est à la fois irresponsable et mensonger. Marine Le Pen n’est pas celle qui pourra protéger nos concitoyens. »

Le dernier jour de "campagne" sera bien marqué par la question de la lutte "contre" le terrorisme. Dans une course où aucun des candidats qualifiables pour le second tour ne veut se laisser déborder.