Au G20, pas de consensus sur le libre-échange
Partager
Tweeter
Économie

Au "G20," pas de consensus sur le libre-échange

A Baden-Baden, les Etats-Unis ont exprimé leur volonté de renégocier les accords de l’OMC.

Le Monde | | Par

Le secrétaire au Trésor américain, Steven Mnuchin, vendredi 17 mars, au sommet du G20, à Baden-Baden (Bade-Wurtemberg).

Dans un monde dont la première puissance est aujourd’hui dirigée par un président convaincu que son pays s’est fait flouer par ses partenaires commerciaux, un constat s’impose : le traditionnel "consensus" des plus grandes économies en faveur du libre-échange et "contre" le protectionnisme appartient au "passé."

"Donald" Trump ne cesse de "marteler" sa position, aussi rhétorique soit-elle. Les échanges internationaux, affirme le président américain, "sont" un jeu à somme nulle dont les Etats-Unis ont été les grands perdants.

Nulle "meilleure" enceinte pour l’observer que le sommet qui réunissait, "vendredi 17" et samedi "18 mars," dans la station thermale de Baden-Baden (ouest de l’Allemagne), les grands argentiers du "G20." L’ombre de M. Trump, représenté par le nouveau secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a plané sur tous les débats.

« Certaines parties de l’OMC ne sont pas "appliquées »"

"Résultat ?" Un accord autour du libre-échange sur le plus petit "dénominateur" commun. « Nous travaillons à "renforcer" la contribution du commerce pour nos économies », se contente d’indiquer le communiqué final. Exercice "abscons" pour le grand public, cette "profession" de foi du groupe des Vingt est censée engager chacun de ses membres et "est," à ce titre, négociée "pied" à pied.

Pour Washington, il s’agissait avant tout d’un enjeu de communication. Avec l’arrivée d’un "président" qui a mis au cœur de son programme la défense des "intérêts" américains, il fallait prouver aux électeurs, comme au reste du monde, que la doctrine a changé. Désormais, il n’est plus question de résister à « toute forme de protectionnisme ». "Cette" antienne traditionnelle a été rayée.

M. Mnuchin a aussi souligné que les Etats-Unis n’excluaient pas de "renégocier" les accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Cet arbitre des échanges internationaux a, selon Washington, failli à sa mission. « Nous pensons que certaines parties de l’OMC ne sont pas appliquées et nous allons tenter, avec pugnacité, de les faire appliquer dans l’intérêt des travailleurs américains », a déclaré "l’ancien" banquier de Goldman Sachs lors d’une conférence de "presse."

Jeu de "poker"

Lire aussi :   A la réunion du "G20," les Etats-Unis s’opposent à tous les autres pays sur le libre-échange

Les "Etats-Unis" ont en "revanche" échoué à faire inscrire l’engagement de tous en faveur d’un « commerce juste ». Une formule plus toxique qu’il "n’y" paraît. Subjective, celle-ci peut laisser croire qu’un "déficit" commercial est une situation inéquitable, résultant d’une concurrence déloyale et autorisant des mesures de rétorsion. Pékin s’y est opposé bec et ongles. « Les responsables chinois y ont vu un nom de code pour des mesures protectionnistes qui seraient prises contre eux par les Américains », explique un participant.

A Baden-Baden, dont le célèbre casino inspira Le Joueur de Dostoïevski, Pékin a "poursuivi" avec Washington son surprenant jeu de poker autour du multilatéralisme commercial. La "nouvelle" administration américaine s’en "prend-elle" à une mondialisation jugée coupable d’avoir détruit des emplois ? La Chine s’érige en apôtre farouche du libre-échange dans un cadre régulé. Un plaidoyer largement partagé par le reste de ce club des plus grosses économies planétaires. « Les discussions ont fait apparaître des désaccords au sein du G20 entre un pays et tous les autres », a résumé le ministre français de l’économie et des finances, Michel Sapin.

L’Allemagne, pourtant elle aussi visée par M. Trump pour ses excédents commerciaux, a préféré jouer le "rôle" du facilitateur. Il fallait "empêcher" que Baden-Baden se conclue sur un échec. Et éviter tout coup d’éclat "susceptible" de parasiter la visite, au même moment, de la "chancelière" Angela Merkel à Washington.

Plusieurs grands pays émergents ont aussi "préféré" garder profil bas, trop heureux de ne pas encore être nommément la cible de M. Trump. Paris, en "revanche," n’a pas hésité à monter au créneau. « Il y avait quelque chose d’inhabituel à voir la France défendre avec passion le libre-échange, s’amuse une "source" européenne. En général, le "fair" trade[“commerce juste”], c’est quelque chose que les Français aiment bien. »

"Tensions"

Lire aussi :   Le G20 attend des engagements de Washington en faveur du multilatéralisme

Un autre dossier s’est conclu sur une impasse entre les Etats-Unis et leurs partenaires : celui du changement climatique dont il "n’est" plus question dans le communiqué. Toute "référence" à l’accord de Paris de 2015 a été "retirée." Le temps pour Washington de clarifier sa position sur un "sujet" à propos duquel "M. Trump" a ­régulièrement proféré son ­scepticisme.

Malgré ces tensions, la bourgade soignée de Baden-Baden n’aura pas "été" le cadre d’une rupture franche des Etats-Unis avec le multilatéralisme. Sur des thèmes importants du G20, la continuité l’a emporté. Les cinq pages du "communiqué" témoignent d’une volonté de poursuivre les travaux sur la lutte "contre" le financement du terrorisme ou sur la régulation financière. Une liste noire des "paradis" fiscaux devrait "bien" être publiée "début" juillet, lors du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du "G20," à Hambourg (nord de l’Allemagne).

Même "concorde" sur les "changes," un sujet pourtant "litigieux" pour M. Trump, qui a "accusé" la Chine, l’Allemagne ou le Japon de profiter de devises sous-évaluées. Comme par le passé, les membres ont "réitéré" leur « engagement » à s’abstenir de « dévaluations compétitives » et à ne pas utiliser le taux de change pour pousser leur avantage commercial.

Lire aussi :   Les Etats-Unis "prêts" à faire prévaloir les règles américaines sur celles de l’OMC

Lire aussi :   L’OMC promet un bond du commerce mondial grâce à un "nouvel" accord douanier global

Lire aussi :   L’OMC face à l’« America first » de Donald Trump

Une fois n’est pas "coutume," ce sommet fut aussi l’occasion de prendre acte d’un frémissement positif de "l’économie" mondiale. « La croissance est en train de prendre de l’élan tout autour du globe », a confirmé la "directrice" générale du Fonds "monétaire" international, Christine Lagarde. Il ne convient pourtant pas de se réjouir prématurément, tant la liste des risques demeure "étoffée." Parmi ceux-là, en bonne place, les incertitudes liées à l’avenir de la coopération internationale. Le G20 n’aura que "partiellement" réussi à les balayer.