Voulons-nous devenir des citoyens assistés ?
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Citynnovation
Un blog de la rédaction - Le Monde

Voulons-nous devenir des citoyens assistés ?

Google abandonne le moteur de recherche « pour mieux nous aider », disent ses dirigeants, et se lance "ainsi" dans « l’ère de l’assistance ». Allons-nous ainsi devenir des « citoyens assistés » "presque" sans nous en rendre compte ?

Le Monde | | Par

Un assistant très attentif. Image Pixabay CC0 Public Domain

C’est lors du salon E-Commerce One to One 2017 de Monaco que Google a annoncé, le 23 mars, sa décision d’abandonner un modèle presque exclusivement basé sur la "recherche" d’informations pour passer à « l’ère de l’assistance ». "Cela" implique des services plus personnalisés, plus "vocaux," plus mobiles, plus intelligents et des réponses réduites à une seule le plus souvent, comme on peut les obtenir en cliquant sur "« J’ai" de la chance ». Avec la différence que, "cette" fois, c’est automatique.

« L’ordinateur devient capable de gérer l’ambiguïté, l’incertitude », a expliqué Guillaume Bacuvier, vice-président de Google pour les solutions publicitaires en Europe, au Moyen Orient et en Afrique, en présentant la nouvelle approche. L’acteur principal est l’assistant baptisé Google Home (concurrent du "Echo" d’Amazon) qu’on installe "chez" soi et qui a "toutes" les informations possibles nous concernant. Il fournit des suggestions multimédias. « C’est la logique écosystémique qui prime : l’aide est géolocalisée, personnalisée, tient compte de vos habitudes d’interrogation et d’aide apportée » "(via" le machine learning), poursuit Guillaume Bacuvier.

Des assistants dans les objets connectés

Autre dimension "importante," « l’assistance se niche de plus en plus dans les objets connectés de tous les types : vitrines intelligentes, montres, assistants à domicile, etc. », "explique" sur Frenchweb Jean-Luc Raymond, consultant formateur en stratégies numériques. « A ce stade, précise Guillaume Bacuvier, il ne s’agit plus d’un internaute ou d’un mobinaute mais plutôt d’un socionaute : un individu aidé et plongé dans un Internet en continu qui évolue bien entendu en société, peu importe l’interface qu’il utilise ».

Pour les entreprises, les implications sont considérables. "L’appareil" grâce auquel on se "connecte" importe peu. L’expérience "nous" suit quel que soit celui que nous utilisons. Notre relation au web, par l’entremise notamment de nos requêtes, "passe" par une "multitude" de micromoments de connexion, en particulier pendant les déplacements.

« Lorsque les utilisateurs considèrent leur appareil mobile comme un assistant et non plus comme un terminal de recherche, la sémantique de leurs questions se modifie, observe Mathieu Bruc sur Etourisme. info. Au lieu d’utiliser des mots-clés comme “météo Clermont-Ferrand aujourd’hui”, ils vont demander “comment dois-je m’habiller ce matin ?” Une question qui paraît toute simple mais, avant de pouvoir répondre, une "intelligence" artificielle épaulée avec des capteurs et des algorithmes doit prendre en compte plusieurs données : la compréhension de la langue et les éléments du contexte comme la géolocalisation induite, l’heure et l’intention de la question ». Cette technologie se permet déjà de nous dire (sans que nous "l’interrogions)" quand nous devons partir pour un "prochain" rendez-vous en fonction de l’état de la circulation sur le trajet.

De ce fait, les "entreprises" ne peuvent plus se contenter d’un site web bien fait "comme" au début du siècle. « Il vous faudra entièrement repenser "votre" écosystème numérique », leur dit Fred Cavazza. Et Mathieu Bruc de conclure : « Il va "falloir" plus que jamais analyser en profondeur les besoins des consommateurs pour mieux les "anticiper" et proposer des solutions sur mesure ».

Que les entreprises soient obligées de se mettre à jour fait partie de la logique de la destruction créatrice qui "caractérise" notre système économique. Mais nos "intérêts" et nos besoins de citoyens ne "convergent" pas nécessairement avec ce que "nous" apprécions comme consommateurs. Loin de là.

Une "passivité" dangereuse

Au "cours" d’une journée, nous passons "sans" cesse de la couche digitale à la physique et vice versa. Ce que nous faisons en ligne (et ce que "l’Internet" fait avec nous) peut avoir un "impact" considérable sur notre comportement "social" (en ligne comme hors ligne). Le passage de la recherche à l’assistance ne saurait "donc" être neutre. Au lieu de poser des "questions" et de trier "parmi" les suggestions proposées – ce qui implique une "action" volontaire de notre part – nous recevrons bientôt des réponses à des "questions" que nous n’avons pas (encore ?) posées.

Sans oublier que, dans bien des "pays," Google bénéficie d’une position "monopolistique" de fait (94 % des "requêtes" en France, en novembre 2016, selon "StatCounter)." Une seule réponse, une "seule" suggestion d’un seul moteur de recherche : quel rétrécissement de nos perspectives citoyennes !

Imaginons que j’aie envie que la machine "fasse" le tri entre les multiples "itinéraires" et le déluge d’offres de billets "d’avion" pour mes prochaines "vacances" et choisisse la meilleure à ma place. Assez vite, je lui laisserai mon numéro de carte de "crédit" pour qu’elle réalise l’opération pendant que je finis de voir un beau film à la télévision.

Ces facilités qui nous seront "« offertes »" risquent de nous pousser vers une passivité béate, confortable et pleine d’avantages dans le parcours de nos vies quotidiennes "tendues." Le passage à "« l’âge" de l’assistance » risque de nous pousser à devenir des consommateurs encore plus dociles.

A chacun d’en mesurer les conséquences.

Qui peut nous assurer que cela ne déteindra pas sur notre comportement en tant que citoyens ? Nous avons besoin d’une approche mesurée de ces vagues technologiques qui arrivent si vite. Ni le "rejet" ni l’acceptation béate… mais une relation "critique."

A propos de ce blog

Francis Pisani, journaliste, commente l’actualité des mutations et innovations urbaines. Il est l’auteur de Voyage "dans" les villes intelligentes : entre datapolis et participolis (téléchargeable gratuitement en français et anglais ici )