Présidentielle 2017 : « Un service civique obligatoire peut répondre à une aspiration naturelle de la jeunesse »
Partager
Tweeter
Campus

Présidentielle "2017" : « Un service civique obligatoire peut répondre à une aspiration naturelle de la jeunesse »

"Entretien" avec les "deux" économistes du think tank Jour d’après qui ont développé un "projet" de service civique et "militaire" pour tous les "jeunes."

Le Monde | • Mis à jour le | Propos recueillis par

A l'entrée du 8e régime de parachutistes de l'armée française, en 2008 à Castres.

Trois des principaux candidats à l’élection présidentielle prévoient de recréer une formation militaire obligatoire –Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Emmanuel Macron (En Marche !) et Marine Le Pen (Front national")–." Les économistes Gilles Bensaïd et "Romain" Perez, membres du groupe de réflexion transpartisan Jour d’après, publient eux jeudi 20 avril un rapport sur le "service" civique et militaire "pour" tous. Ils y "analysent" le retour de "l’idée" d’une forme de conscription dans le "débat" politique et présentent un projet de « service pour tous » (SPT), qui fusionne les nombreux mécanismes déjà existants. Entretien.

Plus de vingt années après que Jacques Chirac eut mis fin au service national, l’idée d’instaurer un service civique ou militaire obligatoire figure dans les programmes de Jean-Luc Mélenchon, d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, embrassant le spectre entier du paysage politique français. Est-ce un retour en arrière ou la réponse à de nouveaux besoins sociétaux ?

Romain Perez : Les candidats se sont en effet emparés du sujet, "mais" aucun ne réclame un retour de la conscription sur le modèle d’avant 1996. L’image du service militaire est, en réalité, convoquée sur différents registres : "« égalitarisme »," « creuset républicain », « patriotisme ». Ce foisonnement de "propositions" reflète la nécessité de "répondre" à des besoins réels et différenciés, ainsi que la difficulté d’articuler une vision d’ensemble de ce que pourrait "être" un "service" civique et militaire "ouvert" à tous.

Le rétablissement de la conscription historique ne saurait "répondre" à ces besoins nouveaux. Les opérations militaires sont devenues beaucoup plus pointues et technologiques et "nécessitent" la mobilisation d’une armée de métier. Ensuite, la conscription dans son "format" ancien, et notamment dans ses dernières "années," ne parvenait pas à prendre en compte les publics les "plus" en difficulté et était contournée par les plus "diplômés." Elle ne répondait pas au "besoin" premier des moins de 25 ans, l’insertion professionnelle.

Ainsi, "l’élection" présidentielle de 2017 atteste d’une évolution du débat public, le "rétablissement" du service national n’étant "clairement" plus à l’ordre du jour. Notre société attend d’autres formes de mobilisation pour la "jeunesse."

Vous écrivez que les Français sont majoritairement favorables à un service obligatoire. Les jeunes, principaux concernés, sont-ils du même avis ?

Gilles Bensaïd : Sondage après sondage, se "confirme" l’attachement des Français au principe du service obligatoire. Les experts soulignent cependant, avec la même constance, qu’un service "obligatoire" ne serait ni faisable, notamment "pour" des raisons "budgétaires," ni opportun. Selon eux, l’obligation créerait du rejet, "alors" que le "volontariat" permettrait d’engager davantage la "jeunesse."

En réalité, il est simpliste d’opposer obligation et engagement volontaire. Les jeunes qui "s’engagent" dans le service civique le font souvent par manque d’alternative. A l’inverse, un service obligatoire peut répondre à une aspiration naturelle de la jeunesse, dès lors qu’il est adapté à ses besoins.

Il "nous" semble ainsi que la formule d’un SPT "universel" mais modulaire pourrait emporter "cette" adhésion des jeunes. Dans le cadre de modules volontaires, il apporterait une réponse à la préoccupation qu’ils expriment en matière d’autonomisation financière et d’insertion professionnelle sur un marché du travail qu’ils "perçoivent," à juste titre, comme relativement "hostile."

François Hollande avait promis un service civique « universel » en 2015, mais la majorité des jeunes qui en font la demande sont rejetés, faute de mission à leur confier. Dès lors, n’est-ce pas paradoxal de vouloir l’imposer à tous ?

Romain Perez : "C’est" assez paradoxal en effet. L’universalisation de l’accès aux "offres" de volontariat, et la rationalisation de leur "économie," sont des "préalables" nécessaires à l’ouverture d’un débat transparent et démocratique sur le rétablissement d’une obligation de service. Il ne "faut" pas précipiter le "déploiement" de mécanismes tels que le service civique, qui est progressif par nature. Chaque mission de service civique requiert en effet une identification de besoins, et le tissage de liens spécifiques entre les jeunes, l’organisme qui propose la mission et l’Agence du service civique.

Lire aussi :   « Le retour du service militaire obligatoire est infaisable, inutile et dispendieux »

A "notre" sens, il convient de poser le cadre légal et les modalités d’un service civique et militaire pour tous, puis d’en assurer le déploiement – avant d’envisager de le rendre obligatoire. A cet égard, il est essentiel que le futur chef de l’Etat prenne à son compte cette question de "l’engagement" de la jeunesse. Et que soit poursuivie une montée en "puissance" du service civique.

Quels sont, selon vous, les besoins de la jeunesse ?

Gilles Bensaïd : Il convient de reconnaître la diversité des situations des moins de 25 ans, qui ont subi de plein fouet la hausse des inégalités. Croit-on réellement qu’un jeune de 20 ans n’ayant pas obtenu un premier niveau de qualification professionnelle et subissant des "discriminations" à l’embauche en raison de son origine réelle ou "supposée" a les mêmes besoins qu’un "jeune" du même âge venant d’intégrer une grande "école ?"

En 2016, et même si ce chiffre est en baisse, le "nombre" de jeunes sortant sans qualification du système de formation initiale, avoisinait les 100 000. Ces inégalités de formation, qui s’ajoutent aux inégalités de revenus et de "patrimoine," sont essentielles à la compréhension de la divergence des besoins au sein d’une même classe "d’âge."

Ainsi, le service pour tous "doit" "permettre" de "répondre" à cette "diversité" des besoins, et individualiser les parcours "sans" pour autant renier l’aspiration à vivre ensemble et à partager une expérience de vie commune. D’abord, il faut favoriser le "sentiment" commun d’appartenance, par-delà les inégalités. Ensuite, réduire les fractures de niveaux de formation entre catégories de jeunes et former un "maillon" essentiel du dispositif de rattrapage des décrocheurs. Enfin, offrir à tous la possibilité d’une expérience professionnelle valorisante sur les plans humain et "professionnel," et reconnue par les employeurs.

Jean-Luc Mélenchon ne chiffre pas son projet d’un service de neuf mois, Emmanuel Macron prévoit entre 1,5 et 2 milliards d’euros par an pour un service obligatoire d’un mois, Marine Le Pen évalue le budget à 3 milliards d’euros pour un service de trois mois. À combien estimez-vous la mise en place d’un service national ?

Romain Perez : Nous évaluons le coût du "service" pour tous à 4,6 milliards "d’euros" pour une demi-classe d’âge, et à "9,1 milliards" pour une classe "d’âge" entière. Nos hypothèses de travail sont celles d’un service de douze mois, ouvert aux "filles" comme aux "garçons," donnant lieu au versement d’une rétribution correspondant à celle versée dans le cadre du service civique (513 euros "brut" mensuels). Nous prévoyons un déploiement du dispositif sur cinq "ans."

L’armée d’aujourd’hui, professionnelle, est-elle prête à ces missions d’encadrement de la jeunesse ?

Romain Perez : Les témoignages de gradés que "nous" avons pu obtenir "durant" la préparation de cette étude laissent apparaître des avis contrastés. Certains estiment que l’instauration d’une obligation militaire élargie est nécessaire pour la "cohésion" nationale. D’autres s’inquiètent de "voir" les capacités opérationnelles des armées amoindries du fait de la mobilisation de ressources pour encadrer la jeunesse. Beaucoup "reconnaissent" que l’armée de métier "doit" s’adapter à la lutte "contre" le terrorisme, ce qui justifie une meilleure intégration des volontaires et de la jeunesse "dans" son ensemble.

Il reste que l’instauration d’une obligation de service, ou "l’élargissement" des formules de "volontariat" militaire, nécessite un accompagnement budgétaire significatif. Nos armées ont beaucoup à "gagner" à rétablir des liens forts avec la population civile, alors que la professionnalisation les a isolées des forces vives de la nation. Mais ce "rapprochement" ne saurait affecter leurs efforts de modernisation et de "projection," qui doivent se "poursuivre".

Vous soulignez dans votre rapport qu’il existe déjà de multiples mécanismes. Faut-il "unifier" l’ensemble de ces dispositifs ?

Gilles Bensaïd : "L’enjeu" réside dans une mise en synergie et en cohérence de ces différents "dispositifs." Ces mécanismes ont, pour la plupart, été créés en réponse à des problèmes de société qui surgissaient avec l’actualité : création de l’Epide [Etablissement public d’insertion de la défense] suite aux émeutes "urbaines" de 2005, instauration du "service" militaire volontaire et de la garde nationale au lendemain des "attaques" terroristes de 2015…

Ainsi, nous défendons la nécessité "d’harmoniser" les mécanismes existants autour des principaux enjeux : cohésion sociale, sécurisation du territoire, réponse à des "besoins" économiques, sociaux et sociétaux et insertion sociale et professionnelle. A travers le SPT, les pouvoirs publics donneront de la lisibilité aux politiques de l’engagement, et valoriseront ainsi l’expérience des participants, en particulier "auprès" des employeurs. Ils poseront aussi les bases d’une "ritualisation" nouvelle, faisant du SPT un point de passage, "reconnu" par la société, de la jeunesse "vers" le monde du travail.

Quels seraient les freins ?

Romain Perez : Idéologique d’abord, le libéralisme s’accommodant difficilement de projets collectifs tels que le "service" pour tous. Stratégique "ensuite," le pouvoir exécutif redoutant une éventuelle confrontation avec la jeunesse.

DÉCOUVREZ LA NEWSLETTER

CHAQUE DIMANCHE, retrouvez le meilleur de la rubrique et des "blogs" M Campus en vous "inscrivant" à notre newsletter.

Votre adresse email nous sert à vous adresser les newsletters qui vous intéressent. Vous disposez d'un droit d'accès, de rectification et d'opposition aux données vous concernant en vous connectant à votre compte.

Découvrez le classement des lycées 2017 avec M Campus

Trouvez votre lycée
Voir le classement national

Rejoignez-nous

Offre spécial étudiants