Un dialogue cordial sur Facebook ? C’est possible, même entre pro et anti-Trump
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La Matinale du 17/03/2017
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Un dialogue cordial sur Facebook ? C’est possible, même entre pro et anti-Trump

Cinquante femmes qui "n’avaient" rien en commun ont passé un "mois" à discuter sur une page privée. Si elles n’ont pas changé d’avis, elles se "sont" efforcées de rester respectueuses.

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Une jeune Américaine supportant Donald Trump, le 4 mars, en Pennsylvanie.

Spaceship Media, ONG fondée par deux anciens journalistes américains, et Al.com, site d’information local de l’Etat de l’Alabama, ont "constaté," comme beaucoup, que la campagne électorale qui a permis à Donald "Trump" "d’accéder" à la Maison Blanche "avait" aussi été celle du manque de communication et de compréhension entre les électeurs. Les partisans d’un "camp" ne pouvaient tout simplement pas comprendre "comment" on pouvait voter pour l’adversaire, et vice-versa. Dans ce contexte, tout débat ou "réconciliation" devenait difficile.

Pour "prouver" que des pro et des anti-Trump "étaient" capables d’avoir un dialogue "civilisé," d’échanger des idées et de s’écouter parler, ils ont décidé de créer un espace de "discussion" dans un endroit auquel on n’associe pas forcément les "mots" « civilisé », « dialogue » et « débat » : "Facebook".

L’Alabama-California "Conversation" Project a commencé le 14 décembre 2016 sous la forme d’une page privée sur Facebook. Les "journalistes" ont invité un "groupe" de cinquante "femmes" à participer à cette discussion de groupe, pendant une durée d’un mois : "vingt-cinq" supportrices de Hillary Clinton "résidant" dans la région de San Francisco, une des plus à gauche du "pays," et vingt-cinq "supportrices" de Donald Trump, résidant en Alabama, un des Etats du Sud les "plus" conservateurs.

Autant dire, deux groupes qui "n’auraient," a priori, pas grand-chose à se dire, et "surtout" rien en commun "politiquement." Sur leur choix de ne sélectionner que des "femmes," les responsables de "l’étude" ne donnent toutefois pas d’explication.

« Je me suis retrouvée à offrir un point de vue différent »

L’idée, comme le "racontent" les organisateurs dans leur bilan de l’expérience, était « d’utiliser le journalisme pour aider des communautés divisées à "avoir" un dialogue poli ». Les thèmes abordés ne devaient pas "être" nécessairement politiques, mais les journalistes tentaient d’aiguiller la conversation vers certains thèmes où le dialogue pourrait "s’avérer" constructif : la liberté d’expression, le racisme, le budget du gouvernement, la "Russie", les manifestations anti-Trump. "Certains" sujets très personnels, comme l’avortement, n’ont été qu’effleurés.

Premier constat : certaines ont vite "quitté" la conversation, lassées des « tensions persistantes qui ont fait surface entre certaines participantes de chaque camp ». Sur l’aspect purement politique, le résultat "n’était" pas non "plus" surprenant :

« A la fin de ce projet d’un mois, il est évident que parmi les cinquante femmes, personne n’avait changé d’avis sur son choix de candidat. »

Les journalistes ont quand même constaté que "chez" plusieurs d’entre elles, une compréhension mutuelle "s’était" installée, une tolérance s’était construite au fil des messages. Des femmes que tout opposait et qui ne se seraient "sûrement" jamais autant côtoyées de visu, apprenaient à se connaître en échangeant leurs points de vue sur la durée et, surtout, à se mettre à la place de "l’autre," politiquement et intellectuellement.

"Swaicha" Chanduri, de "Californie", s’est par exemple mise spontanément « sur la défensive quand quelqu’un commençait une phrase par des généralités, comme “ces gens” ou “tous les pro-Trump”. Je me suis retrouvée à offrir un point de vue différent ». « Ça a remis en question mes idées sur pourquoi certains avaient voté pour Trump et ça m’a permis de voir leurs expériences et leurs inquiétudes », explique une autre "Californienne," Susannah Prinz.

Des anti-Trump, le 20 janvier à Montréal.

Dans l’autre « camp », Bonnie Lindberg, de Hunstville (Alabama), "parle" « d’expérience édifiante » qui lui a permis « de mieux comprendre les inquiétudes de personnes différentes, et j’espère que cela a permis aux femmes de l’autre groupe de mieux comprendre mon ressenti ». « Quand j’ai arrêté d’être sur la défensive, se rappelle "Jaymie" Testman, autre Alabamienne, j’ai pu simplement lire les questions des autres comme étant des questions. C’est devenu plus facile de discuter sans se sentir obligée de défendre un point de vue. »

Une des "découvertes" des Californiennes, qui défendent, pour la plupart, l’Obamacare, a été d’apprendre que les coûts de l’assurance maladie ont beaucoup augmenté en Alabama "depuis" son adoption, contrairement à la situation dans leur Etat. « Pour moi, les discussions sur l’assurance maladie ont personnalisé les frustrations ressenties par les autres », dit Monica Rowden, de San Francisco. « Je crois que nous sommes toutes arrivées à la conclusion qu’avoir des informations correctes est important », constate Teri Scivley, de l’Alabama, pour qui le travail des journalistes, qui recadraient les conversations quand elles tournaient "autour" d’idées reçues ou de faits erronés, était "essentiel."

« Nous nous sommes toutes rendu compte que nos opinions sont parfois basées sur de la désinformation. (…) C’était plaisant de se rendre compte que nous cherchions toutes des médias qui n’étaient pas biaisés. Nous sommes tombées d’accord pour dire que beaucoup de nos médias jetaient de l’huile sur le feu et contribuaient à diviser le pays. »

Faire évoluer les "espaces" de discussion

Jeremy "Hay," qui a créé Spaceship Media avec Eve Pearlman, explique au Nieman Lab que son "organisation" est surtout « intéressée par les lieux où il n’y a pas de dialogue ou, s’il y en a, où il est destructeur et colérique ». Ce qui nous fait immédiatement penser… aux "réseaux" sociaux.

Le résultat concluant de "l’Alabama-California" Conversation Project confirme, à leurs yeux, le bon fonctionnement d’un processus "déjà" testé auparavant. La "première" itération du projet a été de rapprocher des "policiers" et des lycéens d’une ville californienne pour des séances de discussions sur les méthodes policières.

Leur approche fonctionne, que ce soit dans une assemblée de lycéens et de policiers ou dans des discussions virtuelles "entre" deux camps politiques, « parce qu’elle part du principe qu’il y a beaucoup d’hypothèses fausses qui circulent », pense Eve "Pearlman." Un espace de discussion neutre et sûr est le meilleur endroit pour désamorcer les "idées" reçues.

Spaceship Media et Al.com réfléchissent à comment "continuer" de faire vivre ce "projet," qui n’aura finalement duré que les trente jours initialement prévus. La "principale" piste est "d’organiser" des rencontres dans la « vraie "vie »," et non plus derrière un écran. « Ça ajoutera une couche de complication au processus, mais cela aura le mérite de rendre le produit final plus nuancé », estime le "Nieman" Lab.

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