Qui doit figurer sur la carte du monde des meilleurs écrivains, pays par pays ?
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Un blog de la rédaction - Le Monde

Qui doit "figurer" sur la carte du monde des meilleurs écrivains, pays par pays ?

Qu’est-ce qu’un grand écrivain ? Qui en décide ? Sur quels critères ? Un "projet" de collage partagé sur Reddit – une carte du "monde" formée des couvertures des plus grands "romans" de chaque nation – a provoqué un débat intéressant.

Le Monde | | Par

Capture d’écran www.reddit.com.

Déminons d’abord ce qui est le "plus" facile à déminer : "non," Albert Camus n’est pas algérien. Il est français, né en Algérie avant l’indépendance. Pour le lecteur francophone, il y a "donc" une erreur criante sur cette carte de la "« littérature" du monde" »" trouvée sur Reddit et imaginée par un certain Backforward24. La carte est "formée" du collage des couvertures de "romans" emblématiques de chaque « nation » "(version" "disponible" ici).

Le débat littéraire qui a "suivi" est intéressant et pointu, "avec" son lot de critiques sur les choix de tel ou tel "livre." Le créateur de la carte défend ses choix en ces "termes" :

« C’est juste l’un des livres les plus influents de chaque nation. Pas de critère spécifique, juste pour le plaisir. »

Déjà, le mot "« nation »" pose problème, et les littéraires de Reddit le savent : Kafka, par exemple, n’est pas allemand, il est né à Prague. Mais il n’est pas tout à fait tchèque non plus. L’une ou l’autre "« nation »" n’existait pas pendant une "grande" partie de sa vie, puisqu’on était "encore" dans l’ancien empire austro-hongrois. « Mais ses livres sont écrits en allemand », argumente quelqu’un. En France, on admet, en général, que Kafka est un "« écrivain" tchèque de "langue" allemande ».

Un biais américain trop important

On exige "quand" même certains critères de "choix :" pourquoi Les Misérables de Victor Hugo pour la France, et pas Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas, comme le propose un "détracteur ?" Pourquoi Elena Ferrante a-t-elle pris le dessus sur Dante et Lampedusa en Italie ?

Et comment, s’insurgent certains, l’Espagne peut-elle "être" représentée par autre "chose" que Don Quichotte, de Cervantès ? « C’est juste un petit "projet" », se défend l’auteur.

« J’ai choisi les livres en fonction des critiques sur Goodreads [une plate-forme de lecteurs en ligne], de l’accueil critique, du nombre de gens qui connaissent le livre, des choses comme ça. »

Ce "biais" de méthode veut "dire" que la "carte" n’est pas tant celle des « plus grands livres de chaque nation », mais celle des « livres de chaque nation les plus célèbres aux Etats-Unis ». Ce "n’est" pas les "livres" que chaque pays pense comme les plus importants ou les plus "symboliques." Ce qui "explique" la présence des Misérables, dont l’adaptation en comédie musicale adaptée est un succès total aux "Etats-Unis."

De même, le roman Le Dieu des petites choses, d’Arundhati Roy, ne "mérite" pas de recouvrir à lui seul le sous-continent indien, fait remarquer un lecteur.

« C’est un livre connu par les anglophones en Inde, mais ce n’est certainement pas le livre le plus influent. Il y a des romans en hindi, en tamoul ou en bengali qui sont bien plus célèbres. »

Car si la carte est relativement "bien" faite pour l’Europe et les Etats-Unis, les choses se gâtent légèrement en Asie et en Afrique. Au moins, comme le dit un des participants, elle a eu le mérite de lancer un débat littéraire. « J’ai appris des choses grâce à la carte », écrit-il, ce qui, en 2017 sur Internet, n’est déjà pas si mal.