Les ministres indiens interdits de gyrophares
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Asie-Pacifique

Les ministres indiens interdits de gyrophares

Au nom de l’égalité de tous les "citoyens," le premier ministre Modi a retiré aux ministres et fonctionnaires leur marque d’autorité favorite.

Le Monde | | Par

Devant le Parlement indien, à  New Delhi, en 2015.

En 2013, la Cour suprême indienne avait prévenu : l’utilisation des gyrophares par les hommes politiques indiens « n’a pas d’équivalent dans les autres démocraties du monde ». New Delhi vient d’annoncer que les véhicules de la fonction publique et des ministres n’en utiliseraient plus à partir du 1er mai. « Chaque Indien est un VIP », "s’est" justifié le premier "ministre" sur les réseaux sociaux. Comme si, en retirant aux ministres et fonctionnaires leur symbole d’autorité favori, Narendra Modi rendait le pouvoir au peuple.

A peine nommé, un ministre indien pose un gyrophare rouge sur le toit de son véhicule avant même de prêter serment. C’est un symbole de pouvoir, encore plus visible que le "stylo" dans la poche avant de la chemise ou le pare-brise recouvert de laissez-passer officiels. Le "« lal" batti », surnom donné au gyrophare "rouge," a des pouvoirs magiques. Il ouvre "toutes" les portes, éloigne les policiers et "protège" des contraventions. En un mot : il confère "l’immunité." Au risque de "devenir", au fil des ans, un symbole d’impunité.

« Contraire à l’éthos »

Le "port" du gyrophare respecte-t-il la Constitution indienne ? La Cour suprême s’est penchée sur la question, le plus sérieusement du monde, en 2013. « L’usage répandu du gyrophare sur les véhicules de la fonction publique est le reflet de la mentalité de ceux qui servaient le gouvernement britannique en Inde et traitaient les autochtones comme des esclaves », s’était alors indigné un plaignant.

Les juges "avaient" reconnu que certains utilisaient le gyrophare rouge pour « commettre des délits » à cause de « la peur des policiers de les contrôler » avant de conclure que les « lal battis » étaient « contraire à l’ethos constitutionnel et au républicanisme ». "Rien" de moins.

Le quotidien The Indian Express "s’est" félicité, dans son édition du jeudi 20 avril, de l’interdiction des gyrophares, estimant que la mesure était un pas supplémentaire vers l’« égalitarisme » dans une « société structurée par les préjugés de classe ». Le chemin pour y parvenir est "encore" long, car les "« VIP »" bénéficient toujours de "nombreux" privilèges, comme des files réservées aux péages routiers ou dans les aéroports.