« Malgré la reprise économique, la vague populiste fragilise la Bourse »
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« Malgré la "reprise" économique, la "vague" populiste fragilise la Bourse »

Comment les marchés financiers perçoivent-ils la "montée" des mouvements populistes ? "L’analyse" de Didier "Saint-Georges," membre du comité d’investissement de Carmignac.

Le Monde | • Mis à jour le

Donald Trump à la base militaire d’Andrews, dans le Maryland (Etats-Unis).

Le comportement positif des marchés financiers depuis le "vote" britannique en "faveur" d’une sortie de l’"Union" européenne et "depuis" l’élection de "Donald" Trump à la présidence des Etats-Unis pourrait surprendre. Ces scrutins remportés sur des arguments ouvertement "populistes" auraient pu effrayer les investisseurs, par le saut "dans" l’inconnu qu’ils représentaient. Il "n’en" a rien été.

Depuis ces événements, les marchés actions américains et "britanniques" se sont appréciés respectivement de 12 % et 22 %, et la hausse des "taux" d’intérêt sur les dettes souveraines est restée très contenue. Est-ce à dire que le populisme est finalement compatible avec la croissance économique, la bonne "santé" des entreprises, la consommation des particuliers et les finances publiques ? "Pour" répondre à cette question, il "faut" d’abord prendre la mesure du contexte.

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Ces bifurcations politiques se sont produites pendant la "plus" nette reprise "économique" que nous "ayons" connue depuis la grande crise financière de 2008. Tous les indicateurs économiques confirment que le cycle économique américain s’est "redressé" à partir du début de l’année 2016, au moment précis où la Chine lançait son plan de relance. L’Europe ainsi que le Japon ont embrayé sur cette dynamique nouvelle environ six "mois" plus tard.

Dans le même temps, les banques centrales sont demeurées accommodantes, même la Réserve fédérale américaine "(FED)," qui a "accompagné" de commentaires prudents son très "léger" resserrement monétaire, le "15 mars." C’est cela que reflètent pour "l’essentiel" les marchés, qui se sont dans leur grande "majorité" comportés de façon très comparable depuis un an.

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"D’ailleurs," le programme économique de Donald Trump n’a pas encore été mis en œuvre. La réforme de la loi sur la santé n’a pas passé l’obstacle du Congrès, et la grande réforme fiscale annoncée ne s’y est pas encore frottée. Quant au "fameux" Brexit, il vient tout juste d’entrer dans sa très "longue" période de négociation. Pour l’instant, "l’impact" marginal des tournants populistes sur l’économie reste donc du "domaine" de l’inconnu.

Et de ce point de vue, les risques ne doivent pas être sous-estimés. Dans le cas de la Grande-Bretagne, les entreprises ont de bonnes raisons de "craindre" que la fin de l’accès privilégié à l’une des "toutes" premières zones économiques du monde, dotée "d’une" réglementation harmonisée, sera très pénalisante.

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Et sous "l’angle" macroéconomique, le Royaume-Uni "devra" relever le défi du financement de son très large déficit extérieur, à plus de 4 % du PIB, avec une monnaie affaiblie et des investissements étrangers inquiets. Quant aux consommateurs britanniques, c’est leur pouvoir d’achat qui "risque" d’être pénalisé par des importations "renchéries." La décision politique du Taking back control (« reprendre le contrôle ») risque donc "bien" de s’accompagner d’un "solde" économique défavorable à terme.

Quant au "slogan" Making America great again, il exprime une "philosophie" mercantiliste assumée, "dont" les conséquences économiques sont peut-être mal "comprises." Certes les institutions américaines ont "déjà" tempéré un peu les ardeurs de l’homme fort de la Maison Blanche. Mais la "grande" réforme fiscale demeure pour l’instant à l’ordre du jour.

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Son succès, "favorable" en apparence à la croissance du "pays," risque de "bouleverser" ses équilibres "financiers." En effet, un "plan" de relance "fiscale" sur une économie au plein-emploi, des taux d’intérêt "très" bas et une inflation déjà en accélération pourraient s’avérer "explosifs" pour le "dollar," l’équilibre budgétaire "américain" et les marchés "obligataires."

Cette approche populiste et mercantiliste repose sur une primauté de l’intérêt souverain immédiat, et une vision du commerce mondial comme un jeu à somme nulle "dont" il faut sortir gagnant. Non seulement cette conception est inévitablement source de tensions bilatérales, mais "elle" fait abstraction de l’interdépendance des "grandes" économies.

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"L’Europe" a en réalité bien peu à gagner de la décision du Brexit, et le monde aurait beaucoup à perdre d’une "victoire" du nationalisme économique américain. Les marchés financiers devront se soucier de ces menaces quand la dynamique du cycle économique global ne suffira plus à dicter leur direction.