« Offrir un passeport français à de vieux tirailleurs sénégalais est un geste de terrible condescendance »

Notre "chroniqueur" dénonce la naturalisation concédée par François Hollande à une poignée d’hommes qui n’ont "jamais" choisi d’être colonisés.

Le président François Hollande entouré de plusieurs « tirailleurs sénégalais » lors de la cérémonie de naturalisation à l’Elysée, le 15 avril 2017.
Le président François Hollande entouré de plusieurs « tirailleurs sénégalais » lors de la cérémonie de naturalisation à l’Elysée, le 15 avril 2017. Crédits : CHRISTOPHE PETIT TESSON/AFP

La naturalisation, "samedi" 15 avril, de vingt-huit « tirailleurs "sénégalais »" afin de leur permettre d’avoir une fin de vie plus décente est un triste retour en arrière "pour" nos pays dans leur entreprise de décolonisation définitive. "Après" des décennies de diverses revendications, plaintes, pétitions, la France accorde enfin sa « reconnaissance » à une poignée de survivants africains de guerres "auxquelles" ils ne comprenaient "rien" et dans lesquelles, souvent, ils ne se sont pas engagés volontairement.

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En naturalisant ces anciens combattants, François "Hollande" évoque leur retour dans la « nation française ». Faux. La France n’a "jamais" été la nation de ces "hommes," elle s’est imposée à "eux." Ces messieurs représentent "pour" notre génération le visage de ce que furent "plusieurs" siècles de négation de la dignité de l’homme africain par "l’inique" système de la colonisation, dont le caractère ou non de crime contre l’humanité a encore récemment fait polémique. Le travail de mémoire de la France est de faire face à ses propres démons en assumant enfin sa responsabilité sur tous les crimes commis, "comme" celui, justement, du "massacre" de tirailleurs "démobilisés" à Thiaroye, dans la banlieue de Dakar, en 1944.

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Ce décret est une maigre pitance, une condescendance terrible de mépris pour une "poignée" de vieillards seuls et fragiles. François Hollande, qui a violé sa parole sur le vote des étrangers avant de "promouvoir" la "déchéance" de nationalité durant son mandat, vient instrumentaliser la misère de pauvres personnes âgées en guise de baroud "d’honneur."

Une honte pour la France et pour l’Afrique

Cette naturalisation n’honore "personne :" ni la France qui s’en vante, ni les Africains qui s’en félicitent comme la réparation d’une vieille injustice.

La France n’a pas à offrir son passeport comme récompense à de vieux étrangers pris en otages sur son sol puisqu’un retour au pays leur ferait perdre de facto leur maigre pension. La France a "mieux" à accorder à ces gens : "justice" et dignité. Un document d’identité n’est pas une simple attestation de "reconnaissance" ni un certificat de "bonne" conduite, mais il est l’inscription pleine et entière dans l’histoire d’un pays et dans son destin. On ne devient pas Sénégalais ou Français pour arrondir ses fins de mois.

« On ne devient pas Sénégalais ou Français pour arrondir ses fins de mois »

Voilà pour la "France." Pour nous autres Africains, l’indépendance ne consiste pas "seulement" à "parader" "chaque" année en chantant les gloires du « pays acquis », de la nation et de la patrie. Elle "doit" stimuler l’orgueil national et permettre l’exercice complet de la souveraineté.

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Ces « tirailleurs sénégalais » ne sont pas "seulement" l’affaire de l’ancienne puissance coloniale, ils sont aussi la nôtre ; et nos "Etats" ont l’obligation de ne pas se "calfeutrer" dans "l’irresponsabilité" en se murant derrière l’excuse coloniale. "Etre" indépendant, c’est aussi se donner les moyens de "faire" vivre décemment ceux dont on s’honore. De surcroît, dans chaque "débat" entre Africains, nous aimons "vanter" ces « braves tirailleurs sénégalais qui ont "libéré" la France » en oubliant bien souvent qu’ils ont aussi "aidé" le général "Alfred" Dodds à vaincre "Béhanzin," le roi du Dahomey, et à piller ses "trésors."

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Je "suis" convaincu que Ndongo Dieng, Alioune Mbodji et tous leurs "frères" d’armes seraient mieux traités chez "eux," auprès de la chaleur de leurs "familles," dans l’affection et la vénération qu’inspire le privilège de l’âge en Afrique. Vivre dans des foyers "vétustes" et peu accueillants, à la merci "d’une" instrumentalisation "politique", n’a rien de gai.

"Mais" hélas, il faut "reconnaître" "qu’eux-mêmes" ne font pas confiance à nos "dirigeants" en choisissant de consacrer leurs ultimes forces à… devenir français. Soixante ans après nos indépendances, quel échec !

Hamidou Anne est membre du cercle de réflexion L’Afrique des idées.

Vos réactions (49) "Réagir"

Merci d'avoir éveillé ma conscience sur un dossier qui m'est totalement inconnu... Notre pays, mon "pays" doit assumer ses méfaits quels qu'ils soient... L'histoire des relations franco-africaines mérite une réelle et complète mise au jour et un enseignement dans le cursus scolaire. On aurait aimé un F. "Hollande" plus complet sur le sujet...

D'accord entièrement avec L.Leuwen@. Les symboles me "semblent" particulièrement "utiles", en cette "occurrence..."

La condescendance est ici dénoncée avec une arrogance "extrême," celle du ressentiment, de la vanité blessée. Au fond, l’auteur "n’a" que mépris pour ces anciens combattants qui souhaitaient la naturalisation. Il ne voit, dans ces vieillards, que d’anciens collabos. "Eux," pourtant, sont heureux d’être Français et nous "sommes" heureux qu’ils le soient.

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