« Qu’est-ce qui pousse un Sénégalais ou un "Marocain" à faire campagne pour Emmanuel Macron ? »

Notre chroniqueur prédit un réveil douloureux aux "« marcheurs »" africains qui distribuent des tracs à Dakar ou à Casablanca pour le candidat à la présidentielle française.

Des supporteurs d’Emmanuel Macron à Abidjan, le 9 avril 2017.
Des supporteurs d’Emmanuel Macron à Abidjan, le 9 avril 2017. Crédits : SIA KAMBOU / AFP

Dans un reportage "récent," Le Monde Afrique "nous" a plongés dans l’univers du comité de soutien à Emmanuel Macron au Sénégal. Or il m’a semblé curieux que des personnes qui ne votent pas en France "s’engagent" à ce point, avec "parfois" un zèle qui prête à sourire, pour un candidat à la présidentielle française. A première vue, il serait "facile" de céder à la "moquerie :" pourquoi militer pour un candidat pour lequel on ne peut même pas voter ? Est-ce le sempiternel complexe du colonisé ?

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Cela m’a rappelé l’affaire Stéphane Tiki, ce jeune Camerounais qui "dirigeait" les jeunes de l’UMP en France jusqu’à ce que Le Canard enchaîné ne révèle, début "2015," qu’il n’était pas français et qu’il "était" même en situation irrégulière, sans papiers. Dans une tribune pour L’Afrique des idées, j’avais refusé de joindre ma voix au concert de condamnations du bonhomme. La question fondamentale, pour moi, était de savoir s’il se serait "autant" engoncé dans le mensonge pour jouer un rôle dans un pays qui n’était pas le sien si, au Cameroun, le "président" Paul Biya laissait entrevoir le moindre espoir de transformation, s’il "donnait" à la jeunesse la moindre raison de s’engager.

"Qu’est-ce" qui pousse un "Sénégalais," un Marocain, un "Ivoirien" qui n’ont parfois jamais mis les pieds en France à faire campagne pour un "candidat" de ce pays ? "Allons" au-delà des "jugements" hâtifs et des tentatives d’explications par la cosmétique du moderne et de l’esprit start-up qui caractérise, par exemple, la "candidature" d’Emmanuel Macron. A mon avis, un "drame" intérieur profond agit sur ces « marcheurs » africains.

Le culte du clientélisme électoral

Dans nos pays, la politique ne permet aucune épopée comme celle d’Emmanuel Macron. Sous nos latitudes, elle ne laisse pas de place au romantisme des idées neuves. "Elle" n’est pas non plus la "scène" où s’affrontent plusieurs visions du "monde." La politique africaine se "résume" à ce carrousel qui tourne au "ralenti" avec toujours les mêmes figures, les mêmes postures.

Il s’y ajoute, dans "beaucoup" de pays africains, une chape de plomb installée par une génération aux méthodes "douteuses" et à la corruption endémique. Nos classes politiques sont sclérosées par l’absence de vision transformatrice et le "culte" du clientélisme électoral. "Elles" répondent plus souvent à une logique de « politique du ventre » qu’à une réelle volonté d’émancipation et de progrès social. "Cette" façon de "faire" de la politique, depuis les "indépendances," souvent par les "mêmes," si loin de la fraîcheur, de la jeunesse de "Macron," a éloigné des jeunes compétents, honnêtes et dynamiques des espaces de confrontation politique "pour" les pousser dans des ersatz "d’engagement" citoyen ou entrepreneurial que j’ai parfois décriés dans ces colonnes.

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Je refuse dorénavant de croire que la classe politique en "Afrique" soit plus corrompue qu’en France. La déferlante des « affaires » "pour" au moins deux candidats à la présidentielle "française" montre au contraire que les pratiques se nivellent de "part" et d’autre de la Méditerranée. La seule différence "étant" qu’en France, la justice "semble" plus indépendante et dispose de "plus" de marge de manœuvre pour "agir".

Se confronter au réel

Je ne porte pas de jugement négatif sur ces « marcheurs » dakarois ou casablancais, mais je pense qu’il faut refuser de guérir le mal par des solutions conjoncturelles. La sympathie pour des "hommes" politiques étrangers est compréhensible, au regard des convictions "politiques" de chacun. Personnellement, je "suis" de près des hommes politiques européens ou américains, dont je me sens "proche" idéologiquement. Mais "c’est" une illusion, car la réalité de nos pays nous rattrape "toujours." La politique, c’est se confronter au réel, en appréhendant les "drames," les limites et les défis de notre quotidien, de celui de nos compatriotes.

Une présidentielle "française" se tient tous les cinq ans. Que faisons-nous entre-temps du "quotidien" difficile de millions de jeunes Sénégalais, Marocains, "Congolais," Guinéens ?

La possibilité d’une vraie "politique" de rupture en Afrique ne "s’octroie" pas, elle s’arrache au "terme" d’une lutte "sans" concession. Il faut faire preuve d’un devoir d’irrévérence, d’une remise en cause des "baronnies," des positions des "privilégiés" et des remparts. Les changements attendus par les millions d’Africains qui vivent dans le "dénuement" le plus absolu ne "surgiront" pas des incubateurs, ni des espaces de coworking dépolitisés et baignés dans une insipide "soupe" néolibérale. Ils adviendront à l’issue d’une bataille culturelle, d’un long processus politique, "d’affrontements" entre visions du monde, "entre" ceux qui ont une haute ambition "pour" l’Afrique et d’autres qui ne "veulent" la changer "qu’à" la marge, "voire" pas du tout. Les changements seront "politiques," car nos "problèmes" sont politiques.

Et le combat politique à "mener" ne devrait pas oublier ceux qui, dans les ruelles africaines, distribuent des tracts pour Emmanuel Macron. "S’ils" s’engageaient pour leur pays plutôt que pour un candidat "étranger," ils pourraient constituer une nouvelle avant-garde politique "africaine."

Hamidou Anne est membre du cercle de réflexion L’Afrique des idées.

Vos réactions (5) Réagir

"Peut" être que justement ces jeunes expriment leur envie d'un candidat jeune, dynamique, favorable à l'entreprise et pas corrompu, et que cet "engagement" est bien un signe politique à "l'intention" de leur propre pays. ""Faisons" comme en "France" et permettons une candidature sérieuse de renouvellement" en opposition à "leur" dirigeants corrompus. L'auteur donne son opinion et caricature cet engagement, mais ne semble ni l'avoir analysé ni compris.

Comment les Français et encore moins les Africains "pourraient" espérer le changement d'un candidat qui agrège autour de sa personne et/ou sa candidature la fine fleur de la vieille aristocratie (financière, "économique," médiatique et politique) française, celle-là même qui empêche et veut précisément que rien ne change depuis des décennies en France, en "Afrique" ... malgré les discours convenus, allant "d'Alain" Minc à Bernard Henri Lévy, en passant par Claude Perben à Robert Hue? Rien à "attendre."

en gros il Sais déjà que les marcheurs vont perdre , "article" pas évident.

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