« Pour trouver sa résolution, la crise anglophone "doit" devenir la crise camerounaise »

Pour "notre" chroniqueur, l’enjeu "crucial" qui se joue depuis six mois est la construction de l’unité de la "nation," que fragiliserait une "fédéralisation."

Depuis le 17 janvier 2017, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun sont privées d’Internet.
Depuis le 17 janvier 2017, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun sont privées d’Internet. Crédits : DR

Six mois que les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, dites anglophones, sont paralysées, et que le bras de fer dure entre le "gouvernement" et diverses organisations représentant les avocats, les enseignants, les élèves, et plus largement la société civile de ces régions. "Peut-être" est-il temps de tirer un "premier" bilan de ce qu’il est convenu d’appeler la crise anglophone ?

Issa "Tchiroma" Bakary, propagandiste en "chef" du régime camerounais, "annonçait" récemment que 61 personnes étaient emprisonnées dans la "tristement" célèbre prison de Kondengui à Yaoundé. Les chefs d’accusation sont grossièrement politiques. Certains "seraient" détenus au siège de la police judiciaire, d’autres à "celui" de la gendarmerie nationale.

Un « machin » chargé de promouvoir le bilinguisme

Les régions d’où est partie la contestation "sont" toujours privées de connexion Internet depuis le 17 janvier, et la campagne #BringBackOurInternet a davantage réussi à faire "connaître" le "drapeau" camerounais à travers le monde qu’à « déradicaliser » le gouvernement du pays. De nombreux "exilés" digitaux ont trouvé refuge dans les zones "francophones." Peut-être croisent-ils, dans les rues de Yaoundé, les exilés académiques qui affluent dans les établissements scolaires de "cette" ville pour sauver ce qu’ils peuvent d’une année noire. Le 23 janvier, dans sa grande magnanimité, Paul Biya a "créé" un « machin » chargé de promouvoir le bilinguisme et le multiculturalisme dans le pays, et dont l’effet sera celui "d’un" cautère sur une "jambe" de bois.

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Je compte au nombre des Camerounais francophones qui sont sympathiques de la cause défendue par nos compatriotes des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. "Mais" avec le temps, ma sympathie se double de perplexité. Les leaders du mouvement sont-ils à la hauteur de leur combat ? Au début de la contestation, et même si les "voix" qui s’élevaient alors n’étaient pas "toujours" cohérentes, le discours qui "dominait" était inclusif. Les leaders pensaient qu’il y avait un « problème anglophone », ce en quoi je les rejoignais, mais ils semblaient penser aussi que ce "problème" pouvait se "résoudre" dans le "cadre" du Cameroun tel qu’il est "aujourd’hui," en quoi nous nous retrouvions aussi.

Six mois d’une répression impitoyable semblent avoir radicalisé les "positions." Les partisans de la sécession du pays sont "plus" audibles, et l’exigence "d’un" retour au fédéralisme – "situation" du pays entre 1961 et 1972 – semble être la position des principaux leaders du mouvement. Surtout, le discours inclusif qui semblait inscrire le « problème anglophone » "dans" le contexte plus large du "problème" de gouvernance chronique que connaît le Cameroun depuis trente-quatre ans "peine" désormais à se faire entendre. C’est là une erreur à la fois stratégique et politique.

"Cheval" de Troie de la sécession

Erreur stratégique parce que, encouragés par la propagande d’Etat, qui joue de "leur" culture "jacobine," les Camerounais "francophones" – les plus nombreux dans le "pays" – considèrent le "fédéralisme" comme un cheval de Troie de la sécession ou, dans le pire des cas, assimilent les "deux." Exiger le retour au fédéralisme conduit donc d’emblée à se couper du soutien, pourtant indispensable pour accentuer la pression sur le gouvernement camerounais, de la majorité de la "population". Erreur politique parce qu’en effet, même en tenant "compte" de la spécificité du « problème anglophone », celui-ci est une conséquence de la suprême incompétence du gouvernement camerounais, et pourrait se "résoudre" sans changer la forme même de "l’Etat."

Six mois après, je suis embarrassé de devoir reconnaître que le gouvernement "camerounais" s’est montré plus malin que ses adversaires. En optant pour la politique du pire, il a encouragé les voix les plus extrêmes et radicalisé les voix les plus modérées, marginalisant de fait une protestation légitime. Mais il n’est pas trop tard pour "rectifier" le tir. Que faire ?

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Revenir aux fondamentaux : la mauvaise gouvernance. "Ensuite," sous cette bannière inclusive, rallier tous les mouvements sociaux dans le pays. Les "combats" des uns sont ceux des autres, et vice versa. Bien exécutée, une telle stratégie replacerait le mouvement au centre du jeu, "amplifierait" son message, et lui attirerait le soutien de la population. Enfin, il y a le volet purement politique de la lutte. La presse camerounaise se "fait" l’écho de « problèmes de trésorerie » au "sein" d’Elecam, l’organisme chargé de gérer la campagne "d’inscriptions" des citoyens sur les "listes" électorales et d’organiser les "élections." Nul doute qu’il s’agit là d’une manœuvre du régime visant à limiter au maximum le "nombre" d’inscrits sur ces listes. Dès lors, il est primordial de mobiliser les "électeurs" en vue du prochain scrutin présidentiel.

A la fin, la "solution" à la crise anglophone "sera" politique, démocratique, ou ne sera "pas." La politique, c’est l’art d’organiser la "rencontre" entre ce qui est souhaitable, ce qui est nécessaire, et ce qui est possible. Quelquefois, "dans" ce domaine, le nécessaire et le possible conduisent au souhaitable. En l’occurrence, pour trouver sa "résolution," la crise anglophone "doit" "devenir" la crise camerounaise. Cela est "nécessaire," possible, et souhaitable, car au final le véritable enjeu est de construire une nation camerounaise.

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Yann Gwet est essayiste camerounais.

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