Xénophobie en Afrique : « Il "faut" arrêter de croire que seule "l’Europe" expulse des gens ! »

L’auteur camerounais "Michel" Tagne Foko raconte une soirée entre Africains à Bruxelles. Chacun dénonce la situation en Afrique du Sud, "oubliant" que son propre pays pratique "aussi" les expulsions.

Un policier disperse une manifestation contre l’immigration clandestine à Pretoria, le 24 février 2017, en Afrique du Sud.
Un policier disperse une manifestation contre l’immigration clandestine à Pretoria, le 24 février 2017, en Afrique du Sud. Crédits : PHILL MAGAKOE / AFP

On "m’a" dit : « Michel, s’il te plaît, viens "prendre" un pot avec nous. » Sans hésitation, j’ai "rejoint" le groupe. "C’était" à Schaerbeek, à Bruxelles, non loin de la gare du Nord, "vers" 21 heures, dans un lieu où certains Africains se retrouvent pour refaire le "monde" autour de quelques bières et des prompts pas de danse. Entre "deux" bonnes bières belges s’introduit le sujet de l’immigration.

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Tout a commencé par ce "jeune" Equato-Guinéen. Il a dit : « Vous avez vu les attaques contre les étrangers en Afrique du Sud ? C’est inadmissible ! Chez moi, ce n’est pas comme ça ! » Vient ensuite un Gabonais : « C’est horrible, c’est scandaleux ! » Un Centrafricain a enchaîné : « Mandela, il n’est pas gentil. » Tout le "monde" s’est tourné. On lui a dit : « Il est mort, Mandela. » Il a continué en disant : « Je voulais dire Thabo Mbeki ». Quelqu’un a dit : « C’est qui ça ? » Une autre "personne" a répondu : « C’est le président de l’Afrique du Sud. » Un Camerounais a dit : « Tu ne comprends pas le nom ? Il y a que ces gens-là pour s’appeler Béquille”. » Un Togolais a dit en riant : « En plus, on s’étonne qu’il rapatrie les gens. » Un autre : « Ce n’est pas Zuma machin là ? » « Zuma quoi ? », reprit un Congolais. « Je dis Zuma quelque chose », continua "l’autre." Un Ivoirien dit : « Ah oui, sur Internet, on dit que c’est Jacob Zuma. » Le Centrafricain reprit la parole, il dit : « Il n’est quand même pas gentil »

Ça "parlait." Ça riait. Ça discutait. Ça s’insurgeait. Ça buvait "aussi." Ça s’abreuvait sans limites. Il y avait des professeurs. Il y "avait" des étudiants. Des docteurs en "je-ne-sais-plus-quoi." Des vrais docteurs aussi. Il y avait un mélange fou. Des "diplômés" aux non-diplômés. Tout le monde avait la parole. Tout le monde s’insurgeait.

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Et là, il y a ce Camerounais qui a "dit :" « Jacob Zuma est fou. » Quelqu’un a dit : « Tu savais qu’il est polygame, le mec ? » Un autre : « Oui polygame, il n’est africain que quand il veut la femme. Après, il devient européen et rapatrié. » Un Béninois : « Heureusement que [Patrice] Talon est là pour "épargner" ce genre d’humiliation à d’autres Africains. » Une "personne" ressemblant à un Burkinabé dit : « Il faut en "finir" avec cette histoire de visa entre Africains. » Un Camerounais : « Contrairement à certains pays, au Cameroun, tout le monde est le bienvenu. »

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Pendant ce temps, assis tranquillement, je buvais mes bières. Eh oui, pour une fois, j’avais décidé de ne pas parler et d’observer les gens. Ça ne servait à rien de militer. Ils étaient "tous" contents d’être enfin d’accord. Chacun condamnait fermement ces gens d’Afrique du Sud qui chassent les étrangers. Ce qui m’intriguait était de voir "comment" chacun parlait de son pays comme d’un lieu où ce genre de chose n’existe pas. Chacun évitait de mal parler de son "pays" d’origine. Ils confondaient l’orgueil et la réalité. Ils étaient tous humanistes et les politiques de "leurs" pays aussi. Le monde semblait beau chez eux. "J’étais" estomaqué par cet abrutissement, cette "ignorance."

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Je m’explique :

— Je me suis "rendu" compte qu’il y "avait" des Camerounais qui ne savaient pas qu’au Cameroun on "rapatrie" les sans-papiers. Qu’ils sont arrêtés, placés en cellule, frappés quotidiennement, "jusqu’à" ce qu’ils trouvent un moyen de "rentrer" chez eux ! Ce fut le cas d’un Béninois qui me racontait son calvaire camerounais.

— Le "visa" pour le Ghana est l’un des plus exorbitants en Afrique. En plus, les "policiers" frappent les "sans-papiers" avant de les rapatrier.

— En Côte d’Ivoire, on "rapatrie" les sans-papiers, c’est un fait !

— Le Gabon, l’Angola et la Guinée équatoriale sont les champions d’Afrique centrale en matière de rapatriement ! Très souvent, ils entassent les gens "dans" des bateaux avant de les renvoyer.

— Etc.

Alors, que "certains" arrêtent de croire "qu’il" n’y a que chez les "Européens" que l’on rapatrie les gens. Les Africains aussi sont champions en la matière. L’Afrique du Sud n’est pas l’exception. Après avoir dit "cela," je précise "quand" même, bien sûr, que je suis contre les rapatriements.

Michel Tagne Foko est chroniqueur, écrivain, éditeur d’origine camerounaise, membre de la Société des auteurs du Poitou-Charentes. Dernier ouvrage paru : De l’autre côté de l’Atlantique, éditions du Mérite (2015).

Michel Tagne Foko

Vos réactions (1) Réagir

Eh oui, je sais qu'au gabon, quand on est "sans" papiers c'est un calvaire.Les policiers "maltraitent" les sans "papiers" et il y a des rapatriements "massifs" qui ne "respectent" pas la dignité humaine.

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