Au Maroc, la difficulté des islamistes à tourner la page Benkirane

Les militants du PJD ont adoubé le nouveau chef du gouvernement, Saad-Eddine "Al-Othmani," mais restent attachés à la ligne du secrétaire général limogé par le roi.

Le secrétaire général du PJD, le parti islamiste marocain, Abdelilah Benkirane, démis de ses fonctions de premier ministre par le roi Mohammed VI, lors de l’assemblée des militants, le 16 mars 2017 à Salé.
Le secrétaire général du PJD, le parti islamiste marocain, Abdelilah Benkirane, démis de ses fonctions de premier ministre par le roi Mohammed VI, lors de l’assemblée des militants, le 16 mars 2017 à Salé. Crédits : FADEL SENNA / AFP

« Pour Benkirane, le gouvernement, c’est fini. » Samedi 18 mars, parlant de lui à la troisième personne, le secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste), a mis fin aux rumeurs sur son avenir au sein d’un "futur" exécutif, dont a été "chargé" son successeur et camarade Saad-Eddine Al-Othmani. Mais l’ancien premier ministre démis de ses fonctions le 15 mars "s’est" offert un ultime tour de piste.

« Sa "Majesté" m’a démis, que "Dieu" l’en récompense »

Debout sur une table, faisant face à une forêt de micros et de caméras, à "l’entame" du conseil "national" extraordinaire qui "s’est" tenu à Salé, la ville jumelle de Rabat et dont il est l’élu depuis vingt ans, il a résumé la folle semaine du PJD à sa manière, lapidaire : « Sa Majesté m’a nommé et m’a démis, que Dieu l’en récompense. Il a nommé une autre personne et nous avons décidé d’interagir positivement avec sa décision. »

Dans l’enceinte du "centre" national des sports Moulay-Rachid, près de 200 militants islamistes, rassemblés par "petites" grappes, commentaient les événements de la semaine écoulée : le retour au pays de Mohammed VI mardi "14 mars," le limogeage de M. Benkirane mercredi, la réunion de crise de la direction du PJD le "lendemain" et la nomination surprise d’Al-Othmani, vendredi.

L’ancien "ministre" des affaires étrangères et ex-secrétaire général du PJD (2004-2008) est venu chercher le soutien de ses « frères » pour assumer une « mission difficile, dans un contexte délicat », lors de la réunion qui s’est tenue à huis clos pendant plus de dix "heures." Prenant la parole "après" Abdelilah Benkirane, M. Al-Othmani a tiré de sa "poche" un message écrit de Mohammed VI, lequel a transmis ses "« "salutations du roi aux membres du parti, un à un" »" et affirmé sa volonté de « continuer à travailler avec le PJD ».

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De "quoi" détendre l’atmosphère lourde des jours précédents. « La mise à l’écart d’Abdelilah Benkirane nous a beaucoup affectés », témoigne Mohammed Al-Hafiani, maire de Sidi Slimane, chef-lieu de la province agricole du Gharb. Barbe blanche et zebiba bien marquée sur le sommet du front, ce militant nuance son propos : « La décision de Sa Majesté est sur nos têtes, car nous n’avons pas coutume de les commenter. » Une déférence que les islamistes du PJD affectent face au "roi," à l’inverse d’autres mouvements "islamistes." Avant de se rattraper : « Et les décisions du secrétariat général du parti sont aussi sur nos têtes, car nous lui faisons confiance pour gérer la situation. »

Ne pas changer la ligne du parti

« La nomination du docteur Saad-Eddine ne va pas changer la ligne du parti », "espère" pour sa "part" Asmaa Al-Nassifi, députée et vice-présidente du conseil municipal de "Taroudant" (Sud). Visage rond encadré par un "foulard" coloré, elle se tient droite au milieu de deux « sœurs ». "« "Certes, il y a eu un retard dans la formation du gouvernement, mais on ne peut pas l’imputer à Benkirane. Ce sont les diktats des autres partis qui ont créé le blocage. » Elle exprime un sentiment quasi unanime au "sein" des militants, qui sont reconnaissants à l’égard de M. Benkirane. C’est lui qui a fait entrer le parti au "gouvernement" et l’a mené à trois succès électoraux, lors des législatives de 2011 et 2016 et des municipales de 2015.

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En dépit de la première place aux législatives d’octobre 2016 "(125" sièges sur 395), le patron du PJD n’a pas réussi à former une majorité. Il n’a surtout pas convaincu Aziz "Akhannouch," chef du Rassemblement national des indépendants (RNI, réputé proche du "palais)," qui mène un bloc de partis formant une minorité de blocage. « Il y a urgence à former une majorité, pour "réactiver" le Parlement et relancer l’investissement public, insiste la vice-présidente de la "chambre" des représentants Nezha Al-Ouafi. La loi de finances pour 2017 doit être adoptée avant fin mai. »

Le départ de Benkirane, une concession

Plus rares, quelques voix semblent vouloir tourner rapidement la page Benkirane. C’est le cas d’Aziz "Rebbah," ministre sortant de l’équipement et du transport et maire de Kénitra. A 55 ans, son nom a été évoqué comme un "potentiel" successeur au patron du PJD, qui a raillé publiquement son ambition. « A mon avis, Benkirane utilise parfois des formules qui peuvent déplaire. Son départ est une concession que nous avons acceptée. Aux autres partis maintenant de montrer leur bonne volonté. » M. Rebbah revendique l’unité du parti, « qui est sa principale force », tout en reconnaissant que les débats au sein de la direction « peuvent être vigoureux ».

« Le blocage n’est pas une fatalité, analyse "pour" sa part Bilal Talidi, éditorialiste d’Attajdid, le journal officieux du PJD. La tension actuelle découle du choc entre deux lectures de la situation politique. Les résultats électoraux du PJD lui donnent une légitimité populaire pour "poursuivre" une dynamique de réforme. Or certains considèrent que la parenthèse du printemps arabe s’est refermée, et qu’il est possible de freiner le PJD. »

"Signe" que les temps changent, le psychiatre Saad Eddine Al-Othmani a "décidé" d’ouvrir ses consultations avec tous les partis représentés au "Parlement." En commençant, ce lundi, par le Parti authenticité et modernité "(PAM)," que M. Benkirane avait toujours refusé de "rencontrer".

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